Histoire de l'Arabie Saoudite

Le sunnisme est le courant religieux majoritaire de l'islam. Il représente 85 à 90 % des musulmans. Il est parfois apparenté à une vision orthodoxe de l'islam.


JeanMarc

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Message Sujet: Histoire de l'Arabie Saoudite

Message Titre du message: Re: Histoire de l'Arabie Saoudite

Message Ecrit le 03 Sep 2015, 12:53

Ils recevront la visite des cavaliers de la mort, beaucoup de hadith ont été altérés, transformant le Mahdi en Dajjal.
Nulle ne cache la vérité, sauf si celle-ci se trouve être une épine dans le pieds de son podestat, absolument dérangeante.
La seul ethnie connu à ce jour pour leur chevauché farouche fut les peuples de steppe, pour arrivée jusqu'au porte de Medine et de la Mecque sans coup férir, nous pouvons d'ores et déjà annoncer que les musulmans d’Arabie subiront un pogrom et que la soldatesque Djihadiste aura été annihilé totalement pour ne laisser place qu'au véritable message de Muhamad.

Peut être que le sang de cette famille noble fluidifie son descendant parmi les natifs de la steppe et comme le dit le Hadith, il arrivera le Dajjal à la tête d'une gigantesque armée ou la configuration facial des hommes est telle un bouclier martelé, mon fils Al Mahdi à les yeux bridés.



Humran bin A'ayan a dit : J’ai demandé à l’Imam Muhammad Bakir (psl) : ... Hazrat Mahdi (psl) aura les YEUX BRIDES... (Cheikh Muhammad ibn Ibrahim Numani, al-Ghaybah al-Numani, p. 252) source sunnite.


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Cela reste de la fiction, mais restant plutôt dans un position circonspecte, parce qu'une fiction peut devenir réalité et si cela s’avère être vrai, ce sera la pire des conjonctures pour les califes omeiyades de ne pas avoir fait le travail jusqu’au bout avec la descendance de Muhamad à travers le fils de Hussein, le prince Zein al abdine, qui selon les communications islamiques pleura pendant 20 ans.

musulman49

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Message Sujet: Histoire de l'Arabie Saoudite

Message Titre du message: Re: Histoire de l'Arabie Saoudite

Message Ecrit le 04 Sep 2015, 05:53

khomohn a écrit:
le wahabisme c'est l'islam originel.
Le wahabisme c'est le vrai islam.


Et pour te persuader que le Wahabisme n'est pas l'Islam véritable.
Je vais te poser qu'une seule question et te confondre.
Les Wahabites déclarent que La Mecque et Médine sont les deux haramaïns.
Autrement dit en étant plus clair ils disent qu'il y a 2 maisons sacrées : La Ka3ba et la maison du prophète à Médine.
Or Allah dans le coran n'utilise jamais l'expression haramaïn.
Dans le coran Allah enseigne qu'il n'y a qu'une seule maison sacrée : la Ka3ba.

Confirmes-tu cela de la part du Wahabisme?
Si oui pas besoin de nous parler de l'Islam véritable tu es confondus.
Réfléchis avant de répondre.
Car par définition déclarer qu'il y a 2 maisons sacrées c'est déclarer que tu as 2 Seigneurs.
Bonne réflexion.

komyo

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Message Sujet: Histoire de l'Arabie Saoudite

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Message Ecrit le 06 Oct 2015, 16:04

ce type est pointu au niveau des infos !

Ne pas railler, ne pas déplorer ni maudire, mais comprendre. Baruch Spinoza

indian

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Message Sujet: Histoire de l'Arabie Saoudite

Message Titre du message: Re: Histoire de l'Arabie Saoudite

Message Ecrit le 06 Oct 2015, 17:55

komyo a écrit:ce type est pointu au niveau des infos !




Wow.
Ca fait un bail que j'ai pas ecouté un reportage d'une si haute qualité :mains:

1000 mercis!!!
Modifié en dernier par indian le 06 Oct 2015, 19:21, modifié 1 fois.
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Message Sujet: Histoire de l'Arabie Saoudite

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Message Ecrit le 06 Oct 2015, 18:27

Bien cette vidéo.
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Message Sujet: Histoire de l'Arabie Saoudite

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Message Ecrit le 08 Sep 2016, 14:35

Il y avait avant l'islam, même en Arabie, des principautés juives et chrétiennes.

Alors si ce pays était chrétien, comment la Syrie, la Palestine, l'Irak, L’Égypte, l'Afrique du Nord, l'Espagne ne pouvaient pas connaitre le christianisme.

    L'Arabie chrétienne
    Michele Piccirillo

    Professeur au Studium Biblicum Franciscanum

    Directeur du Musée du Studium Biblicum Franciscanum



    Bibliographie


    Ce titre un peu provocateur recouvre une réalité qui concerne plus spécialement les populations chrétiennes de la province romano-byzantine d'Arabie. Unité administrative située sur les frontières méridionales de l'Empire romain, l'Arabie naît par décision de l'empereur Trajan en 105-106 de notre ère, qui donne ordre au gouverneur de la Syrie Cornelio Palma d'annexer le territoire du royaume nabatéen de Pétra que les Romains appelaient « royaume arabe ». Ce changement apporta aux populations de la province la stabilité politique et une amélioration de la situation économique, grâce à la présence de l'armée romaine qui entreprit la construction de la Via Nova Traiana entre Eilat sur la mer Rouge et Bosra dans le Hauran, la nouvelle capitale administrative. Le long de la route se développa le réseau de défense romaine avec forts et tours, et les villes fleurirent : le port d'Eilat, Pétra, Augustopolis (à identifier avec Udru'), Kerak Moba, Madaba, Esbous, Philadelphie-Amman, Jerash, Adraa et Bosra et bien d'autres centres mineurs. Dans la province on assista à une sédentarisation massive des familles semi-nomades qui vivaient en marge de la ville, donnant vie à de nouveaux villages qui connurent leur extension maximale à la période byzantine.

    La diffusion précoce du christianisme

    Prêché dans la province voisine de Palestine dont le territoire s'étendait aussi en Pérée à l'est du fleuve Jourdain, de la mer Morte et de la vallée de l'Araba, région fréquentée, selon le récit évangélique, par Jean-Baptiste et par Jésus (Évangile de Jean 1, 28 ; 10, 40-42), le christianisme commença sa pénétration dans ces régions dès le premier siècle de l'ère chrétienne. Des Arabes sont mentionnés à Jérusalem parmi ceux que Pierre a convertis le jour de la Pentecôte (actes II, 11). L'apôtre Paul, qui fut converti sur la route de Damas, passa quelques années en Arabie (Lettre aux Galates 1, 15-17). Les premières communautés chrétiennes en Arabie abritaient en leur sein divers groupes hérétiques qui sont mentionnés par les auteurs ecclésiastiques du IVe et du Ve siècles : Épiphane évêque de Salamine, entre autres, rappelle les Sampsei et les Elchasaïtes « qui se trouvent aussi dans le pays des Moabites qui est voisin du fleuve Arnon, et d'autre part en Iturée et en Nabatéenne… ou en Arabie, au-delà de la mer Morte ».

    La communauté chrétienne de Bosra

    Au IIIe siècle une communauté chrétienne bien affirmée et de grande culture est attestée dans la métropole de Bosra. L'historien Eusèbe de Césarée écrit que le plus célèbre spécialiste chrétien de l'époque, Origène, fut invité en ville par le gouverneur de la province. Origène y fut appelé une seconde fois pour résoudre une question doctrinale qui était débattue avec l'évêque Bérylle qu'Eusèbe jugeait « de noble esprit » et que saint Jérôme classait parmi « les hommes illustres ». Il y retourna une troisième fois pour participer à un concile sur la doctrine et donner un avis éclairé. Le grand maître chrétien fut en relations épistolaires avec l'empereur Philippe l'Arabe, originaire de Shahba-Philippopolis, village au nord de Bosra, qu'Eusèbe considérait le premier empereur chrétien : « À Gordien, qui avait été à la tête de l'Empire romain durant six ans, succèdent Philippe et son fils Philippe. On raconte que celui-ci était chrétien, et qu'un jour – l'avant veille de Pâques – il voulut prendre part avec le peuple aux cérémonies religieuses qui avaient lieu dans l'église. Mais l'évêque du lieu ne lui permit pas d'y entrer, avant qu'il ne se fût confessé et ne se fût associé à la foule des pécheurs qui faisaient pénitence. S'il refusait de le faire, il ne l'introduirait en aucune manière à cause des nombreux péchés qu'il avait commis. On dit que le prince se soumit généreusement, démontrant ainsi concrètement son sentiment sincère et religieux de crainte de Dieu ». À l'époque de l'empereur Aurélien, Maxime, un autre évêque théologien de Bosra, participa activement aux conciles ecclésiastiques qui se tinrent en 263-64 et en 268.

    Les martyrs

    Durant les persécutions contre les chrétiens, la communauté de la province versa son tribut de sang. Nombre de ces martyrs restent anonymes : Eusèbe fait une vague allusion à « ceux qui tombent sous les armes comme cela se passe en Arabie ». Leur martyre était célébré le premier août par la communauté de Philadelphie-Amman. Nous connaissons cependant les noms de certains d'entre eux : Hadrien et Eubule, originaires de la Batanée, qui subirent le martyre à Césarée de Palestine ; Therenio et Inos à Bosra ; Zenon et Zena, Eliano, Théodore, Julien, Eobolo, Malkamon, Mokimos et Salaman à Philadelphie-Amman.

    Le triomphe du christianisme au IVe siècle

    Le premier village de la province entièrement chrétien est mentionné par Eusèbe au début du IVe siècle dans le territoire de Madaba : c'est Coraiatha, aujourd'hui Al-Qurayat. En ce qui concerne la diffusion du christianisme parmi les populations, le même Eusèbe se contente d'affirmations générales, commentant le psaume 60, 9-10 : « Ceux qui traversent la région arabe pourront constater la réalisation de ces prophéties voyant les Moabites et les Ammonites convertis en grand nombre, au point de remplir l'église de Dieu… » Les évêques de la province d'Arabie – Nicomaque de Bosra, Sopatro de Ere en Batanée, Sévère de Dionisias, Cyr de Philadelphie-Amman, Gennade d'Esbus – participèrent au concile de Nicée convoqué par l'empereur Constantin en 325. Ils donnèrent une vision d'ensemble de l'organisation ecclésiastique de la province mais aussi de l'administration civile, importante en cette période de changement, commencée par Dioclétien et poursuivie par Constantin puis par Théodose dans la seconde moitié du siècle. L'Arabie, qui faisait partie du diocèse d'Orient, fut réduite au sud avec la création de la province de Palestina Salutaris, ou Palestine Troisième, qui s'étendait jusqu'à la vallée de l'Arnon, l'actuel Wadi Mujib.

    L'organisation ecclésiastique

    Du point de vue ecclésiastique, la situation fut fixée au concile de Chalcédoine en 451 qui créa le patriarcat de Jérusalem. Le métropolite de Bosra, avec ses évêques, resta dépendant du patriarcat d'Antioche au nord de la Syrie. Le nombre élevé d'évêques en fit médire quelques-uns, qui partageaient l'avis de Sozomène : « Certainement dans la province de Scythie, malgré le nombre élevé de villes, il n'y a qu'un seul évêque pour toutes. À l'inverse je me suis rendu compte que dans d'autres provinces, comme, en Arabie et à Chypre, il y a des villages qui ont des évêques consacrés… ». Parmi les évêques théologiens de Bosra qui portèrent haut le nom du siège métropolite ou archiépiscopal, il faut mentionner, au temps de Julien l'Apostat, l'archevêque Tite que l'empereur considéra comme un agitateur dangereux et voulut chasser de la ville, ainsi que l'archevêque Antipatros qui reçut les plus grandes louanges de Cyrille de Scythopolis ; ce dernier le cite comme « trois fois bienheureux » et le compte « parmi les saints qui alors régissaient l'église de Bosra et diffusaient partout les rayons de la connaissance de Dieu ». Une louange confirmée par une inscription métrique incisée sur l'architrave d'une église de Bosra dans laquelle l'archevêque est présenté comme « gardien et champion de la doctrine orthodoxe, pontife inspiré par Dieu… célèbre pour sa sagesse… »

    L'âge d'or

    Le IVe siècle est l'âge d'or de la province. La paix de l'empire était assurée grâce à la collaboration militaire de la confédération arabe chrétienne guidée par le roi des Banu Ghassan. Les populations de la ville et des villages, désormais christianisées, vécurent une période d'économie florissante généralisée attestée par les édifices que la recherche archéologique moderne met au jour et par les inscriptions nombreuses qui les accompagnent. La population, composée de Grecs ou d'hellénisants de vieille date, de Syriaques ou de Sémites sédentarisés et d'Arabes dont certains sont en voie de sédentarisation, est unifiée par la foi chrétienne et encouragée par le mouvement monastique qui, en Arabie comme dans les autres provinces de l'empire, assure une forte marque chrétienne. C'est surtout par les inscriptions que se poursuit la lutte contre l'ancien ordre païen dont il reste d'imposantes traces monumentales dans la ville. À Jerash, sur l'architrave de l'église des Martyrs Saint Théodore dont la façade donne sur la voie qui conduit à l'Artémision, le temple principal de la ville à l'époque romaine, on pouvait lire le texte suivant : « Je suis la merveille et l'admiration des passants parce que toute trace de désordres a disparu. À la place de la saleté d'autrefois, la grâce de Dieu m'environne de toute part. Avant, les animaux tourmentés par les souffrances étaient jetés là et répandaient une odeur infecte. Souvent qui passait se bouchait le nez, se retenait de respirer, et fuyait la mauvaise odeur. Maintenant, ceux qui passent par ce lieu embaumé, portent la main droite à leur front et tracent le signe des adorateurs de la croix. Si vous voulez savoir qui m'a donné cette aimable beauté : c'est Énée le très sage et très pieux évêque ». Sur une autre architrave de la même église, est mise en évidence la nouvelle protection assurée à la ville par les reliques du martyr : « Je suis la demeure fastueuse du vainqueur Théodore, martyr immortel, homme divin, dont la gloire est descendue sur la terre et dans les profondeurs abyssales de l'océan. Son corps est [resté] en terre, mais sa belle âme partage pour toujours dans le ciel immense le destin des chœurs angéliques. C'est un mur perpétuel, une défense invincible pour la ville et ses habitants. » Les mêmes idées se retrouvent sur l'architrave de l'église de Saint-Georges à Zorava/Ezra : « Maintenant, si tu considères la puissance du Sauveur, Seigneur et Dieu, rend gloire au Saint Sauveur qui a fait périr les œuvres des idoles, parce que cette maison fut construite autrefois par des démons sculptés et construite avec de mauvaises pierres, [maintenant] la parole du Christ l'a séparée et a suscité avec des pierres bien travaillées la demeure de ton servant et bon cavalier Serge, pour le zèle et l'œuvre du noble Théodore qui a voulu avoir le même Serge comme saint protecteur, lui qui a dédaigné la puissance terrestre et accepté des supplices cruels de la tête aux pieds, parce que, les pieds cloués, l'illustre [martyr] ne bougea pas la tête et offrit sa personne à la mort, la donnant à son Seigneur Sauveur ; en échange d'une vie terrestre, il reçut la vie céleste ». Toujours dans la même petite ville, sur l'architrave de l'église Saint-Georges, il était écrit : « De demeure des démons elle est devenue maison ; où les ténèbres jetèrent leur voile, maintenant la lumière du salut resplendit ; où les sacrifices aux idoles étaient offerts, maintenant on entend le chœur des anges ; où la colère de Dieu fut évoquée, maintenant tout est paix ».

    De saints lieux

    L'Arabie, comme la Palestine voisine, l'Égypte et la péninsule du Sinaï, avait sa part dans les souvenirs bibliques dont se nourrissaient la foi et la piété chrétiennes. Deux sanctuaires attiraient la masse des pèlerins venus même de l'Occident lointain : le mémorial de Moïse sur le mont Nébo sur le territoire de la ville méridionale de Madaba, et le sanctuaire de Saint Job dans le Hauran. Pour le sanctuaire de Moïse, nous avons le témoignage de la Vie de Pierre l'Ibère. « Tous les habitants de cette région – écrit le biographe Jean Rufus – ensemble se hâtèrent pour porter le matériel de construction, et ce temple fut construit au nom du Grand Prophète et Législateur. Et lui proclama publiquement à tous, afin qu'il n'y ait pas de doute possible, sa bonté et sa puissance, au moyen de signes, prodiges et guérisons qui y ont eu lieu depuis sans interruption. C'est pourquoi c'est un lieu de guérison pour les âmes et pour les corps et un refuge pour tous ceux qui, d'où qu'ils viennent, sont affligés dans leur âme et leurs affections de toute sorte de souffrances physiques ». Pour le sanctuaire de Job, saint Jean Chrysostome écrit : « Beaucoup entreprennent ce voyage, long et difficile, arrivent des confins de la terre jusqu'en Arabie pour voir le tas de fumier et, quand ils y parviennent, embrassent la terre sur laquelle s'est déroulé le combat dont il est sorti victorieux ».

    L'État tampon des Ghassanides

    Le rééxamen des fonds historiques de l'époque, peu nombreux pour ce qui concerne l'Arabie, et de quelques écrits en syriaque, a permis de mettre en lumière le rôle important que les Arabes fédérés chrétiens ont eu dans le maintien de la paix, en évitant l'affrontement direct des Empires romains et perse. S'opposant aux tribus arabes alliées de l'Empire perse qui faisaient pression au nord-est de la rive orientale de l'Euphrate pour envahir le territoire syrien, et aux tribus du sud qui, de la péninsule arabique, cherchaient à entrer dans le territoire de la province méridionale de Palestine et d'Arabie, les Arabes chrétiens assuraient ainsi à peu de frais la défense des frontières de l'Empire romain d'Orient.

    Au VIe siècle la confédération la plus puissante était celle des Banu Ghassan qui, initialement établie dans le pays d'Ammon, région connue en arabe comme la Balqa, entre Amman et le wadi Mujib-Arnon, s'était progressivement substituée à la confédération des Banu Salih. Une première alliance fut signée en 502 au temps de l'empereur Anastase entre l'empire et le chef de la confédération, Tha'laba ibn ‘Amr, père de Jalaba. Par ce traité ou foedus, la défense de l'Arabie fut confiée aux Banu Ghassan, et celle de la Palestine aux Kinda, remplacés ensuite par les Ghassan. Sur le plan institutionnel le phylarque, allié des Romains avec autorité territoriale, était en même temps chef reconnu de la confédération tribale et commandant des troupes auxiliaires qui étaient aux côtés de l'armée régulière byzantine, en temps de guerre comme en temps de paix, pour le contrôle de la zone de frontière. À Tha'laba succéda dans la charge Jalaba qui probablement mourut en 528 en combattant aux côtés de l'armée impériale contre l'armée perse guidée par Alamundaros des Banu Lakhm. Son fils Aretas – en arabe Harith ibn Jabala mais connu aussi sous son nom matronymique de Ibn Maryam – lui succéda et conduisit victorieusement la campagne contre Alamundaros en territoire perse.

    En 529, l'empereur Justinien décide d'élever Aretas au rang de roi des Arabes, en le gratifiant du titre de Patrice : il est le premier des Arabes à avoir reçu semblable honneur, qui comportait le fait d'être appelé « mon Père » par l'empereur. L'historien Procope de Césarée donne à la décision impériale, certainement inhabituelle et peut-être inespérée dans les milieux de la capitale, une motivation de stratégie politico-militaire : « Alumendaros, détenant la position de roi, régnait seul sur les Sarrasins en Perse, et à tout moment était en mesure d'attaquer avec son armée partout où il le désirait en territoire romain. Et ni les chefs des troupes romaines qu'ils appelaient dux, ni aucun chef sarrasin allié des Romains, qu'ils appelaient phylarques, n'étaient assez puissants avec leurs propres troupes pour s'opposer à Alumendaros, parce que les troupes stationnées dans les divers districts n'avaient pas de forces comparables à celles de leurs ennemis. C'est pourquoi l'empereur Justinien mit à la tête du plus grand nombre possible de tribus Aretas, fils de Galaba, qui régnait déjà sur les Sarrasins d'Arabie, et lui donna la dignité de roi, ce qui ne s'était jamais vu avant les Romains. »

    Les Ghassanides contre les Lakhmides

    Sans heurter la susceptibilité des phylarques des autres provinces qui conservaient l'autorité territoriale, et malgré le maintien de son autorité de phylarque d'Arabie et de chef de la confédération des Banu Ghassan, Aretas reçut de l'empereur un mandat qui en faisait le chef de tous les Arabes fédérés par les Byzantins ; il restait cependant en mesure, en cas de nécessité, d'affronter la puissance des Banu Lakhm conduits par Alumendaros au service des Perses. Durant quasiment tout le siècle, les Banu Ghassan d'Aretas puis de son fils constituèrent la meilleure défense de la limite orientale de l'empire, de la mer Rouge à l'Euphrate, confortés par la tenue de la frontière sud par le phylarque Abikarib ben Jalaba, frère d'Aretas, auquel était confiée la Palestine.

    La confrontation avec le groupe des Banu Lakhm – les Lakmides – pour la défense de l'empire atteint son apogée avec la victoire de Chalcis – Qinnasrin, au sud est d'Alep – en 554 que les historiens considèrent comme le brillant résultat de la décision impériale d'accorder la royauté à Aretas. Michel le Syrien raconte : « En l'an XXVII du règne de Justinien, Mondar (fils d'Alamundaros) de Saqiqa envahit le pays des Romains et dévaste de nombreuses régions. Heret (Aretas) fils de Gabala, le rejoint, lui livre bataille, le vainc et le tue, à la source d'Udaye dans la région de Qinnasrin. Mais le fils d'Heret, appelé Gabala, fut tué dans la bataille : son père l'enterra dans un martyrium de ce village. » Le danger qui menaçait la frontière orientale était neutralisé : cette victoire conduisit à la signature de la trêve de 557, et à la paix de 561 avec l'Empire perse, une paix fixée pour cinquante ans, le plus important succès diplomatique de Justinien à la fin de sa longue carrière au service de l'empire. Racontée par Théophane, la visite triomphale d'Aretas à Constantinople en novembre 563 pour assurer la succession de son fils Al-Mundhir, marqua le triomphe personnel du roi arabe qui, par sa fermeté, avait réuni les conditions d'une paix qui fournit les conditions du développement économique impressionnant auquel on assiste dans la province d'Arabie. La Province, dont la défense était confiée à Aretas, fut en fait la bénéficiaire majeure de cette période où elle fut l'objet de l'intérêt impérial, une longue période de paix malgré les dissensions théologiques qui, dans les communautés chrétiennes, opposaient Chalcédoniens et monophysites, dispute dans laquelle les rois arabes du courant monophysite jouèrent aussi un grand rôle modérateur.

    La versatilité et l'ingratitude de Byzance

    À la mort d'Aretas en 569, lui succéda son fils Al-Mundhir/Alamundaros, qui répondit par des décisions personnelles et hardies aux provocations des Banu Lakhm guidés par le roi Kabus. L'historien Jean d'Ephèse dramatisa les attaques et les contre-attaques des deux rivaux, desquelles Alamundaros sort toujours vainqueur comme un héros chrétien qui combat pour la croix. Kabus, après un certain temps, défie de nouveau Alumendaros et l'invite à l'affronter en terrain découvert : « Accepte la bataille […] même si tu es venu comme un brigand contre nous, et que tu penses nous avoir vaincus, nous venons à ta rencontre en terrain découvert. » Auquel Alumendaros aurait répondu, méprisant : « Ne te dérange pas, parce que j'arrive », attaquant par surprise l'armée ennemie et la mettant en déroute. Ce furent deux grandes victoires, dans lesquelles les écrivains chrétiens virent l'aide de Dieu et de ses saints. Elles furent cependant le début de sa ruine politique quand le roi arabe, pour poursuivre la guerre, demanda à l'empereur Justinien un financement supplémentaire pour ses troupes. L'historien Bar Hebreus raconte ainsi les événements : « En ce temps, durant le règne de Justinien II (565-578), les Arabes – Tayyaye en syriaque – étaient partagés en deux camps, celui de Mundar Bar Harat qui était chrétien et dont les soldats étaient chrétiens du côté des Byzantins, et celui de Kaboz du côté des Perses. Kaboz étant contre les Arabes chrétiens, prit tous leurs troupeaux et tous leurs chameaux, et s'enfuit. Mundar rassembla son armée, marcha contre lui, le battit et s'en retourna avec une grande quantité de riche butin et de chameaux. Kaboz l'attaqua de nouveau, fut battu et demanda des renforts aux Perses. Alors Mundar informa Justinien et lui demanda de l'or pour payer ses troupes de manière qu'elles puissent de nouveau s'opposer aux Perses. Alors Justinien décida de tuer Mundar comme s'il était responsable de l'invasion des Perses sur le territoire romain ».

    En effet, l'empereur, non seulement refusa sa requête, mais donna ordre au magister militum de l'éliminer physiquement sous prétexte qu'il représentait un danger pour l'empire. Par coïncidence, l'ordre impérial fut intercepté par Mundhir : « Ainsi, la récompense de mes fatigues et de tout ce que j'ai fait pour la terre des Romains, serait de me couper la tête ? Est-ce cela que je méritais ? ». Offensé, le roi arabe se retira avec ses hommes à l'intérieur de la steppe – « il s'en alla avec toute son armée et se tint dans le désert » écrivit l'historien – laissant libres les Perses et les Lakhmides d'opérer leurs razzias sur le territoire byzantin. En 573 ceux-ci envahirent la Syrie jusqu'à Antioche, dévastant et pillant ; les villes d'Éraclée et d'Épiphanie (Hama) furent incendiées. À l'époque de la régence de l'empereur Tibère II il y eut une nouvelle pacification de l'empire qui ne dura pas. Au printemps de 575, Al-Mundhir, indigné par ce qui arrivait aux populations chrétiennes de Syrie, fit le premier pas en écrivant à Justinien, nouveau magister militum pour l'Orient, qu'il était prêt à le rencontrer dans l'église de Saint-Serge de Rasafa, pour renouveler le pacte d'alliance. La rencontre eut lieu dans le martyrium devant le sarcophage d'argent contenant les reliques de martyr, un officier de l'armée romaine mis à mort durant la persécution de Dioclétien.

    Reprenant son rôle de défenseur de l'empire, Al-Mundhir ordonna une campagne contre Hira, la capitale des Banu Lakhm, dans l'intention de libérer les prisonniers chrétiens et de châtier les méfaits accomplis sur le territoire romain pendant son absence. Son entreprise fut couronnée de succès, il prit la ville et l'incendia. Seules les églises chrétiennes furent épargnées. Al-Mundhir atteignit l'apogée de son règne en 580 quand il fut invité par Tibère II à Constantinople. L'empereur le reçut avec les honneurs suprêmes, lui et ses deux fils qui l'avaient accompagné, lui donnant aussi le diadème royal, fait inusité, note Jean d'Ephèse parce que jamais un chef des Arabes fédérés n'en avait été décoré. Dans la capitale, le roi arabe, monophysite convaincu, servit aussi de médiateur pour ramener la paix entre les évêques Jacques et Paul, les deux chefs des monophysites, et usa de son influence pour demander à l'empereur chalcédonien de cesser de persécuter les membres de la communauté monophysite. Revenant dans la province, Al-Mundhir fut de nouveau accusé de trahison. Fait prisonnier, il fut envoyé à Constantinople et mis aux arrêts domiciliaires avec sa femme, deux fils et une fille, aux frais du gouverneur…

    La fin des Ghassanides et la chute de la Syrie byzantine

    L'arrestation de Mundhir provoqua en 581 une réaction irritée de son fils Nu'man qui partit à l'assaut du territoire de la Syrie et de l'Arabie. Durant l'assaut de Bosra, métropole de la province, le gouverneur lui-même fut tué. La révolte se termina avec la capture de Nu'man. L'historien Évagre, un contemporain, écrit que père et fils furent accusés de trahison et de crime de lèse-majesté, et qu'Al-Mundhir, peu après l'accession au trône de Maurice en 582, fut envoyé en Sicile, où le suivit son fils. Le pape Grégoire écrivit en vain à l'empereur pour demander sa libération. Ce fait mit fin à l'alliance des Banu Ghassan avec l'empire et la confédération tribale fut dissoute. Diverses tribus préférèrent traverser l'Euphrate et passer en territoire perse. L'empereur Maurice revint sur ses décisions mais la dynastie d'Aretas était désormais affaiblie et la coalition dissoute, même si quelques tribus arabes chrétiennes continuèrent à se battre au côté de l'armée impériale jusqu'à la bataille de Yarmuk en 536 pour défendre la Province et l'empire. Des historiens ont vu dans la rupture de l'alliance conclue entre les Romains et la confédération des Banu Ghassan la cause principale de l'affaiblissement dramatique de la sécurité de la Province d'Arabie, qui perdait son bouclier arabe aux frontières. Cela expliquerait pourquoi, à quelques années de distance, l'empire subit une double défaite : en 614, de la part des Perses qui envahirent la Syrie et la Palestine jusqu'à Jérusalem et mirent le feu à la basilique du Saint Sépulcre ; en 636 de la part des Arabes musulmans, défaite qui signifiait la perte définitive des provinces méridionales de l'empire.

    La prospérité de la Syrie chrétienne à l'époque de Justinien


    Dans la deuxième moitié du XXe siècle, la recherche archéologique s'est intensifiée sur le territoire de l'ancienne province, aujourd'hui divisée politiquement entre le sud de la Syrie et la Jordanie, et a éclairé amplement la prospérité atteinte à l'époque justinienne par les populations chrétiennes. C'est à cette époque que la région fut la plus peuplée, allant jusqu'à occuper les zones de steppe et que la ville et les campagnes de la province d'Arabie prirent une physionomie chrétienne avec la construction, dans le tissu urbain et dans le territoire environnant, de basiliques, d'églises, de monastères et d'ermitages.

    Les fouilles de la ville de Jérash, avec les inscriptions datées qui accompagnent les pavements de mosaïques des dix-huit églises construites entre les maisons du quartier oriental et dans les environs des monuments publics du quartier occidental, permettent de suivre l'implantation et l'occupation progressive de la communauté chrétienne dans l'espace urbain de la précédente ville classique dominée par les temples des divinités païennes. Ces recherches ont montré que les églises furent construites en grande partie avec du matériel de remploi des monuments de l'époque précédente. Sous l'aspect architectonique on distingue le complexe dit « de la cathédrale » au sud de l'Artémision, composé de deux basiliques, de diverses chapelles, d'un bain public et de pièces d'habitation, suivi à l'ouest du complexe des trois églises de Saint-Jean, de Saint-Georges et des Saints-Martyrs Cosme et Damien, construites et pavées de mosaïques entre 529 et 531. Constructions qui trouvent des parallèles monumentaux dans les grandes églises à plan centré, jusqu'à présent fouillées dans les ruines de Bosra.

    Les mosaïques syriennes

    Sur le plan artistique et figuratif, les mosaïques de la ville de Madaba n'ont pas de rivales. Dans le contexte des mosaïques de pavements de l'empire et de la Province, les mosaïques de Madaba, dans une zone territorialement limitée, sont un témoignage précieux, homogène et raffiné de la culture et du goût imitant les classiques, qui s'imposent durant le long règne de l'empereur Justinien. Par son importance numérique et la qualité des œuvres mises en chantier du Ve au VIIe siècle, jusqu'ici redécouvertes en ville et dans le territoire diocésain, Madaba devint un centre important de l'art de la mosaïque dans le cercle de l'activité artistique des mosaïstes de l'empire. Nous regroupons sous le nom habituel d'École de Madaba les talentueux artisans de cette cité de la Province d'Arabie. Ces mosaïques décoraient les pavements des églises et des habitations privées construites dans les quartiers de la ville, et celles des églises du territoire diocésain découvertes sur le mont Nébo, dans le village de Ma'in, à Umm al-Rasas – Kastron Mefaa, à Nitl et à Machéronte. Méritent une mention particulière la salle de l'Hippolyte (moitié du VIe siècle) sous l'église de la Vierge, et la Carte des terres bibliques qui décorait l'église nord de la ville, chefs-d'œuvre inégalés dans leur genre, inspirés du monde classique et biblique mais entièrement christianisés dans leur contenu.

    La transmission aux Perses et aux Omeyyades

    Sur le plan historique, ces recherches ont mis en évidence la continuité avec les mosaïques des églises d'époques perses et omeyyades. La recherche archéologique a montré que les constructions chrétiennes ne cessèrent pas durant la période d'occupation perse de la Province (614-629), ni après l'occupation islamique de la région à partir de 634. L'église de Saint-Varon à Khalde datée de 650, de Saint-Serge à Rihab (691), l'église de Saint-Étienne à Umm al-Rasas, celle de Quwaysmah à Amman et de Ma'in datée d'entre 717 et 719, les mosaïques du presbytère de Saint-Étienne (756), du monastère de la chapelle de la Théotokos dans une vallée du Mont Nébo (762) et de l'église de la Vierge à Madaba (767), avec le rappel des évêques Job et Théophane de Madaba, témoignent de la vitalité de la communauté chrétienne des Ier et IIe siècles de l'Égire et de la tolérance des autorités omeyyades.

    Quand, en 750, les califes abbassides déplacèrent la capitale de l'Empire musulman de Damas à Bagdad, le commerce international prit également le chemin du golfe Persique. La région méridionale perdit progressivement de son importance. La Via Nova Traiana, connue en arabe sous le nom de Darb al-Hajj ou « route du Pèlerinage », de laquelle dépendit pendant des siècles la prospérité de cette région, fut parcourue seulement par les caravanes de pèlerins musulmans qui se rendaient chaque année au sanctuaire de La Mecque dans le Hedjaz. La région, dépeuplée et abandonnée à l'exception de quelques centres urbains, resta aux mains des tribus bédouines jusqu'à la seconde moitié du XIXe siècle. Divers groupes tribaux chrétiens présents sur le territoire participèrent à la renaissance de ces régions au XXe siècle ; aujourd'hui encore, ils contribuent au développement de la Syrie et de la Jordanie, héritières du territoire de la Province arabe de l'époque romano-byzantine.
    Michele Piccirillo
    Mars 2003


    L'histoire de l'Arabie préislamique commence dès l'Antiquité. À l'époque de l'Empire romain, les auteurs gréco-latins divisent l'Arabie en trois régions distinctes: l'« Arabie heureuse », au Sud, qui correspond au Yémen actuel ; l'Arabie centrale, peuplée de nomades et de sédentaires et qui vivent dans l'orbite de l'Arabie heureuse ; et l'Arabie septentrionale, sous influence des Empires byzantin et perse. Le Coran fait référence à cette période sous le nom de jahiliya (« ignorance » ou « paganisme »), le polythéisme y étant alors la règle[réf. nécessaire], bien que des groupes juifs (sédentaires, surtout au Yémen et dans le nord, mais aussi dans les oasis, comme à Yathrib, aujourd'hui Médine1) et chrétiens (surtout nomades, à Najran ou dans le Yémen1) y vivaient. À la fin du VIe siècle et au début du VIIe siècle, des guerres fréquentes ruinent l'Arabie du Sud et affaiblissent les Perses et Byzantins, renforçant la situation des Arabes du Centre et du Nord, ainsi que de La Mecque.


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Message Sujet: Histoire de l'Arabie Saoudite

Message Titre du message: Re: Histoire de l'Arabie Saoudite

Message Ecrit le 12 Sep 2016, 04:42

Quand l’Arabie était “ heureuse ”

Le premier livre des Rois rapporte que, mille ans avant l’adoration des mages à la Crèche, le roi Salomon reçut la visite de la reine de Saba. «  Elle arriva à Jérusalem avec une suite très imposante, avec des chameaux chargés d’aromates, d’or en grande quantité et de pierres précieuses.  » (1 R 10, 2)

Les anciens appelaient «  Arabie Heureuse  » le royaume de Saba, le sud de la péninsule arabique, à cause des vallées verdoyantes que le barrage de Mârib irriguait et fertilisait en canalisant le cours des eaux de pluie saisonnière. Ces vallées ont été habitées et cultivées depuis les temps les plus reculés, et très tôt organisées en États relativement complexes, dont l’archéologie moderne retrouve le riche passé millénaire, et l’attente religieuse illustrée par l’admiration de la reine de Saba pour «  toute la sagesse de Salomon  ».
La palmeraie d'une oasis, sur la piste caravanière qui relie Zafar et Najran, en Arabie Heureuse.

La palmeraie d’une oasis, sur la piste caravanière
qui relie Zafar et Najran, en Arabie Heureuse.

Nous savions qu’à partir du premier siècle de notre ère, Himyar avait progressivement supplanté et annexé les royaumes rivaux «  de Saba, de Hadramôt et de Yéménat  », réalisant l’unité politique «  de leurs Arabes dans la montagne et dans la plaine  », comme disent les inscriptions. Et l’Histoire ecclésiastique de Théodore le Lecteur rapportait aussi que les Himyarites se sont convertis au christianisme à l’époque de l’empereur Anastase (491-518). Mais les apports des recherches archéologiques des dernières décennies renouvellent complètement notre connaissance de l’Arabie chrétienne, du Hadramaout jusqu’au Taurus, du golfe d’Oman au Liban et au Sinaï.

Le Père Piccirillo en rend compte dans un ouvrage magnifiquement illustré qui rassemble une abondante documentation (L’Arabie chrétienne, Milan, 2002; aux éditions Mangès pour l’adaptation en langue française).

«  Les résultats des fouilles ont montré que la province romaine d’Arabie était peuplée, pour sa plus grande part, de populations arabes parfaitement intégrées à la nouvelle société chrétienne, ce que les sources littéraires de l’Antiquité ne permettaient pas de soupçonner. Rien n’interdit de penser qu’un jour la recherche archéologique puisse compléter par de nouvelles découvertes notre connaissance de la présence chrétienne dans la péninsule arabique.  » (p. 27)

Résumons ces acquis avant de les confronter avec ceux de notre exégèse scientifique du Coran. Entreprise, il y a quarante ans, sous la direction de l’abbé Georges de Nantes, notre maître et notre Père, elle est loin d’être achevée mais, déjà, elle éclaire singulièrement les résultats de l’archéologie, et reçoit en retour une lumière nouvelle (Le Coran, traduction et commentaire systématique, trois tomes, éd. CRC).
I. LES ARABES ET LA BONNE NOUVELLE

Dans l’Évangile, tout commence «  à Béthanie, au-delà du Jourdain, où Jean baptisait  » (Jn 1, 28). Autrement dit  : en Transjordanie… c’est-à-dire en Arabie  ! Et c’est encore «  au-delà du Jourdain  » que Jésus cherche refuge pour échapper à ceux qui voulaient l’arrêter à Jérusalem, et retrouver un peuple bien disposé (Jn 10, 40-42). Après avoir proclamé son intention de «  faire sortir  » ses brebis du «  parvis  » du Temple de Jérusalem, il joint le geste à la parole en «  sortant  » lui-même, pour se rendre en pèlerinage en ce lieu béni où les Juifs avaient entendu la voix du Père, au jour de son baptême, mieux que les Hébreux campés au pied du Sinaï, aux jours de Moïse.

C’est dans ces régions que la Bonne Nouvelle fut colportée par les Juifs venus en pèlerinage pour la fête de Pentecôte. Le récit de saint Luc témoigne de la présence à Jérusalem, le jour de la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, de Juifs originaires d’Arabie  : «  Tous, tant Juifs que prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons publier dans notre langue les merveilles de Dieu  !  » (Ac 2, 11) D’où viennent ces «  Arabes  », de quelle région de l’oikouménè, du monde habité  ? À coup sûr, d’ «  au-delà du Jourdain  ». «  Crétois et Arabes  »… autant dire  : «  Occidentaux et Orientaux  », la Crète étant à l’occident de Jérusalem, et l’Arabie à l’orient… Il est difficile de préciser davantage du fait que les «  Arabes  », encore appelés Skénites par Strabon («  ceux qui vivent sous la tente  »), se définissent par un mode de vie, le nomadisme, excluant par définition un domicile fixe. Les Arabes sont répandus sur une aire qui englobe tout le territoire syrien ainsi que le désert oriental jusqu’à l’Euphrate, la Mésopotamie, l’Égypte, la péninsule du Sinaï, le royaume des Nabatéens et l’Arabie Heureuse.

Partie de Jérusalem, la “ Bonne Nouvelle ” gagna donc l’Orient par le territoire de la Pérée, situé à l’est du Jourdain et habité par des communautés juives d’obédience essénienne, comme l’ont montré les manuscrits de la mer Morte. Après sa conversion sur le chemin de Damas et son baptême reçu des mains d’Ananias, c’est d’abord en «  Arabie  » que Saul de Tarse, devenu chrétien, passa plusieurs années (Ga 1, 17). De nouveau la question se pose  : que désigne cette unique mention de l’Arabie dans le Nouveau Testament  ? Sans doute le territoire unifié par les rois nabatéens, qui donnera naissance à la province romaine d’Arabie sous l’empereur Trajan, en 106 ap. J.-C. Capitale  : Pétra.

Lorsque saint Paul revint à Damas, en l’an 38 ou 39 de notre ère, le fonctionnaire du roi Arétas qui régnait à Pétra ordonna de le faire arrêter, mais Paul réussit à s’échapper en se laissant descendre dans un panier du haut des murailles (2 Co 11, 32-33).

Moins de trente ans plus tard, en 66, lors de la première révolte juive, les chrétiens de Jérusalem se réfugièrent à Pella, en Décapole, au-delà du Jourdain. C’est ainsi que, parti de Mésopotamie et de Syrie où l’Évangile avait été diffusé par la voix des apôtres Pierre et Paul eux-mêmes, le christianisme se répandit progressivement dans les villes et les campagnes de la future province romaine d’Arabie.

De là, les missionnaires évangélisèrent aussi les territoires de la péninsule arabique échappés à la conquête romaine. En suivant les pistes caravanières, ils réussirent à traverser toute la péninsule. Les uns, partis de la province d’Arabie, atteignirent la côte sud de la péninsule et la côte éthiopienne  ; les autres, partis de l’Irak, gagnèrent les ports de la côte nord, l’île de Bahrein et le golfe d’Oman, avant de s’embarquer sur l’océan en direction des Indes.
PAX ROMANA

La fondation, par l’empereur Trajan, après l’annexion du royaume allié des Nabatéens de Pétra (106 ap. J.-C.), de la province romaine d’Arabie, fut un chef-d’œuvre  : ni violence ni terrorisme n’y eurent la moindre part. «  Deux indices incitent également à penser que les Romains annexèrent sans violence le royaume des Nabatéens, écrit le Père Piccirillo. En premier lieu, le surnom d’Arabicus n’a pas été ajouté, dans la titulature de l’empereur Trajan, aux surnoms qui célèbrent ses victoires, comme ceux de Germanicus, Dacicus, Parthicus. De plus, sur les monnaies qui, en l’an 111, commémorèrent l’annexion en représentant la personnification de la nouvelle province accompagnée d’un chameau ou d’une autruche, c’est l’inscription Arabia Adquisitaqui est reproduite, et non Arabia Capta,formule réservée à une province conquise par la force, comme l’atteste l’expression Judaea Capta,appliquée à la Judée après sa conquête.  »

Durant les deux premiers siècles qui suivirent l’annexion, la défense de l’Arabie fut assurée par la garnison de Bosra. Les troupes disposaient d’un réseau de camps et de fortifications répartis dans toute la province, en particulier le long de laVia Nova Traiana qui reliait le port d’Aila, sur la mer Rouge, où arrivaient les marchandises d’Orient, et la ville de Bosra, capitale administrative de la nouvelle province. Le Coran a conservé le souvenir de ces «  bordjs  » (burûjin; IV, 78). Littéralement, le mot arabe est la transcription du grec purgos, latin burgus, «  tour  », terme militaire introduit par les Romains en Syrie et en Arabie du Nord.

À l’intérieur du territoire placé sous la juridiction du gouverneur, des détachements d’infanterie et de cavalerie, équipés de chevaux ou de chameaux, étaient chargés de patrouiller dans les régions les plus éloignées afin de garantir la sécurité des oasis et de maintenir la paix en tout lieu  : entre les tribus du désert et à l’intérieur des terres habitées et cultivées.

Sur la trajectoire nord-sud des pistes nabatéennes, les nomades rencontraient l’antique Auara, entre Pétra et Hégra, dont les ruines ont été fouillées en 1993  : «  À l’extrémité nord-est du site, on remarque un castrum romain typique, avec un réservoir, des tours en saillie,et une porte sur chacun des quatre murs extérieurs.  » (John Peter Olson, Un poste-clé au cœur du désert, Le monde de la Bible no 88, 1994, p. 39, cité dans notre t. III, p. 91)

Le système défensif organisé par Dioclétien assura deux siècles de paix et de prospérité à la province d’Arabie. Durant la période byzantine (313-636), la croissance de la population, et la sédentarisation des tribus favorisera l’essor des villes (Piccirillo, p. 54).
Le castellum Mobenorum de Qasr al-Bashir

«  À partir de l’époque des Antonins et des Sévères (fin du IIe – début du IIIe siècle), la construction de nouveaux fortins à des endroits stratégiques de la steppe orientale laisse penser que les troupes chargées de défendre la province d’Arabie se préparaient à affronter de nouvelles menaces en provenance de l’est.  » (Piccirillo, op. cit., p. 37-38) Le castellum Mobenorumde Qasr al-Bashir (ci-dessus),construit dans la steppe entre Madaba et Charachmôba, à l’est de la mer Morte, en liaison avec le camp légionnaire de Lejjun, ressemble comme un frère à celui que construira, quinze siècles plus tard, le Père de Foucauld à Tamanrasset en liaison avec Fort-Motylinski, pour faire face à de nouvelles menace en provenance de l’est (ci-dessous)…
Bordj du Père de Foucauld à Tamanrasset
VERS UNE ARABIE CHRÉTIENNE

Dès les premiers siècles de l’ère chrétienne, les tribus arabes se convertissent au contact des moines chrétiens, et secondent la colonisation romaine. De telle sorte qu’aux deuxième et troisième siècles après la naissance de Jésus, la province romaine d’Arabie atteignit une période d’apogée qui lui permit de rivaliser avec les provinces les plus riches de l’Empire.

Le quatrième siècle voit «  l’émergence d’une “ Église des Saracènes ” ayant à sa tête son propre évêque  » (Françoise Thelamon,Païens et chrétiens au IVe siècle, Études augustiniennes, 1981, p. 123). Mauvia, leur légendaire reine, choisit elle-même pour évêque un moine vivant au milieu de son peuple, du nom de Moyse, orthodoxe nicéen, «  doté d’une personnalité vigoureuse et qui paraît bien décidé à n’accepter aucun compromis  » avec l’arianisme (ibid., p. 138).
L'ARABIE CHRÉTIENNE PRÉISLAMIQUE

L’ARABIE CHRÉTIENNE PRÉISLAMIQUE
Pistes caravanières et routes maritimes de ­l’encens, partant des régions de production de la myrrhe et de l’encens en Arabie du Sud et en Somalie du Nord, vers l’Égypte, le bassin méditer­ranéen et la Mésopotamie, grands demandeurs de ces aromates pour le culte des dieux, mais aussi pour les parfumeurs… «  En s’assurant la maîtrise des pistes caravanières qui mettaient le monde romain en contact avec l’Extrême-Orient et avec l’Arabie Heureuse, c’est-à-dire le sud de la péninsule arabique, l’empereur réalisait le rêve de tous les généraux romains, à commencer par Pompée, qui fut le premier à se porter, en 64 av. J.-C., aux portes de l’Arabie.  » (Piccirillo,op. cit., p. 31)
La Mekke n’existe pas encore, sauf dans l’imagination des “ logographes ” musulmans postérieurs. Vidal de La Blache, dans une communication à l’Académie des inscriptions et belles-lettres (séance du 6 novembre 1896), établissait la carte des Voies de commerce dans la Géographie de Ptolémée  : La Mekke, donnée traditionnellement pour une grande étape de la «  route de l’encens  », est absente de cette carte (reproduite p. 271 de notre tome 2). Nous avons donc dû rectifier la carte établie par feu Georges Duby, où cet historien ne craignait pas de porter “ La Mecque ” avec le tracé des pistes qui la relieront plus tard à Yathrib (future “ Médine ”) au nord, à Taif au sud, et à la mer Rouge (in Atlas Historique, Larousse, 1991). Le Père Piccirillo se rallie à nos vues  ; page 10 de son ouvrage, il établit une carte qui suit notre tracé des pistes cara­vanières  : La Mecque brille par son absence.

Au début du cinquième siècle, sous le règne de l’empereur Arcadius (395-408), l’épisode le plus marquant est la conversion d’un chef sarrasin et de sa tribu à la suite de l’intervention miraculeuse d’un moine, comme le rapporte Sozomène  :

«  “ Peu avant le règne présent (de Valens, dont Sozomène vient de parler, ou de Théodose II, qui règne à l’époque de Sozomène  ?), les Sarrasins commencèrent à devenir chrétiens. Ils partagèrent la foi dans le Christ grâce à la fréquentation des prêtres et des moines des environs qui méditaient dans les déserts environnants, menant une vie bonne et accomplissant des miracles. On dit aussi qu’à cette époque, toute une tribu se tourna vers le christianisme parce que son phylarque, Zokomos, avait été baptisé. Se trouvant sans fils, attiré par la réputation d’un moine, il alla le trouver et il lui confia son chagrin. En effet, il est d’une grande importance d’avoir un fils chez les Sarrasins, et je sais qu’il en est de même chez tous les Barbares. Ce dernier, donc, après lui avoir recommandé d’avoir confiance, lui donna du courage et le renvoya chez lui après lui avoir promis qu’il aurait un fils s’il avait foi dans le Christ. Puisque Dieu fit passer la promesse dans les faits et qu’il lui fut accordé un fils, Zokomos fut initié et entraîna les siens sur la même voie. On dit que, depuis ce jour, cette tribu devint heureuse et riche en hommes, et qu’elle fit peur aux Perses et aux autres Sarrasins ” (HE. VI, 38).

«  Outre le rôle joué par les moines dans la conversion des Arabes, un motif qui revient souvent dans lesVies des ascètes de l’Antiquité chrétienne, le récit rappelle le fait que Zokomos et sa tribu se mirent au service des Romains pour défendre les frontières de l’Empire contre les Perses et les autres tribus. Comme si l’alliance politique avec Rome allait de pair avec la christianisation de la tribu placée à la tête de la confédération.  » (Piccirillo,op. cit., p. 195)

«  Les écrits de Théodoret de Cyr, qui fut le témoin oculaire des faits, décrivent le rôle joué par saint Siméon Stylite dans la conversion de ceux que l’évêque théologien appelle les Ismaélites, utilisant un terme biblique, repris par le Coran et par la tradition musulmane, qui fait d’Ismaël l’ancêtre abramitique des Arabes. L’évêque de Cyr nous a également laissé un texte sur la nature des Arabes, qui ne sont plus des Barbares et des Sarrasins, mais des membres de l’Église et des auxiliaires de l’Empire chrétien  : “ En ce qui concerne nos voisins, les nomades, – je parle des Ismaélites qui vivent dans le désert et qui n’ont pas la moindre connaissance des lettres grecques –, ils sont dotés d’une intelligence vive et pénétrante, et ils ont un jugement capable de discerner le vrai et de réfuter le faux.  » (ibid., p. 196)

En 473, l’empereur Léon Ier accepta qu’Armokésos, chef d’une tribu d’arabes chrétiens, occupe la douane de Jotabé, à l’entrée du golfe d’Araba, à 185 km d’Aïla. Sous le règne de Justin Ier, les Byzantins armèrent les chrétiens d’Éthiopie pour qu’ils interviennent à l’intérieur du territoire sabéen, au sud de la péninsule arabique, où des tribus converties au judaïsme persécutaient les chrétiens.

Quant à Justinien, il conclut une alliance avec la confédération arabe des Banu Ghasan, ou Ghassanides, convertie au christianisme. Il plaça le phylarque Arétas, fils de Jabala, à la tête des arabes fédérés et confia les territoires situés au sud de l’Arabie au phylarque Abou Karib, frère d’Arétas.

Aussi, au sixième siècle, la province d’Arabie christianisée jouit-elle de la faveur des empereurs de Byzance. Tandis que l’essor du commerce favorise un mouvement de sédentarisation et d’urbanisation sans précédent, et qui n’aura plus d’équivalent par la suite, les richesses accumulées par les habitants leur permettent de financer la construction de magnifiques églises, décorées de mosaïques.

L’adhésion massive de la population à la religion chrétienne fut d’ailleurs la cause de sa prospérité. La conversion des tribus arabes les établit dans des relations de confiance avec les autorités romaines.
II. LA TRADITION MUSULMANE REMISE EN QUESTION

À l’histoire ecclésiastique de la province, les découvertes archéologiques récentes apportent une contribution qui éclaire les origines et les débuts de l’islam, depuis les persécutions juives dont furent victimes les chrétiens du Yémen au sixième siècle (encart en fin d’article) jusqu’à la période des Omeyyades et des Abbassides, au huitième siècle. En effet, les inscriptions, qui permettent d’identifier les évêques, attestent la survivance des Églises chrétiennes après la conquête musulmane. L’absence de rupture véritable entre la période byzantine et la période dite musulmane, attestée à la fois par les sources littéraires et par les vestiges archéologiques, pose une formidable énigme aux chercheurs modernes encore persuadés de la vérité historique de la conquête musulmane, qu’un chercheur danois n’a pas craint d’appelerThe Invisible Conquest (cf. Piccirillo,op. cit., p. 226).

Mais pour nous qui avons appliqué au Coran la méthode critique en usage pour l’étude de la Bible et qui, à la suite du Père Lammens (cf. préface à notre tome I, p. XVIII-XV), avons reconnu le caractère incontestablement légendaire de la «  tradition musulmane  », le fait n’a rien d’étonnant si on le confronte à nos découvertes exégétiques.
CONQUÊTE OU PÈLERINAGE  ?

Le contexte du début du Coran est celui d’un pèlerinage semblable à ceux dont nos archéologues retrouvent les traces à Jérusalem, au mont Nébo, en Arabie. Pour les chrétiens de la région comme pour les pèlerins venus de loin, écrit le Père Piccirillo, «  les terres bibliques étaient le lieu où ils pouvaient revivre, dans le souvenir et la prière, les récits de l’Ancien Testament relatifs aux patriarches Abraham, Isaac, Jacob, et aux prophètes, à commencer par Moïse, tout en s’identifiant avec le peuple de Dieu errant dans le désert dont ils se sentaient les héritiers dans la foi  » (Piccirillo, p. 81).

C’est ainsi que l’auteur du Coran déclare «  porte du Dieu  » le mont Scopus, éminence sise au nord de Jérusalem, d’où l’on découvre la ville sainte comme d’un observatoire (sourate II, 158; cf. notre traduction du Coran, tome I, p. 159-160). Par-là, les Arabes, «  enfants d’Ismaël  », entrèrent en 614 dans la ville sainte pour y «  rétablir les assises (’al-qawâcida)du Temple  », là où les Juifs, «  enfants d’Israël  », avaient échoué trois cents ans auparavant (II, 127).

Nous possédons un court récit anonyme qui montre le patriarche Sophrone indigné de voir un diacre de son clergé, habile marbrier, apporter contre rétribution son aide aux constructeurs. Sous le règne de Mo’awiya, Anastase le Sinaïte, chypriote d’origine, moine au Sinaï, passant à Jérusalem, assiste aux importants travaux qui ont lieu sur l’esplanade, en face du mont des Oliviers, et il se fait l’écho, pour s’y opposer, du bruit qui se répand  : les Arabes sont en train de reconstruire le Temple de Dieu. Ils y réussirent en effet puisque, aujourd’hui, l’édifice octogonal appelé “ Dôme du Rocher ”, daté d’Abd-el-Mâlik (685-705), domine tout Jérusalem, et la gigantesque esplanade construite par Hérode est devenue le sanctuaire de l’islam.

On l’a compris  : l’auteur du Coran n’était pas un pèlerin ordinaire, mais il se présentait comme un nouveau Josué entrant en Terre promise à la tête de son peuple après avoir fait pèlerinage aux «  sources de Moïse  » (cf. II, 60) dans la vallée située au nord du mont Nébo, où les pèlerins se reposaient avant d’entreprendre l’ascension vers le sanctuaire bâti en haut de la montagne gravie par Moïse afin de contempler la Terre sainte avant de mourir (Dt 34, 1-6). Les fouilles archéologiques effectuées à partir de 1933, et jamais interrompues depuis, par le Studium Biblicum Franciscanum, ont révélé que des moines occupaient le site entre les premières décennies du cinquième siècle et la seconde moitié du huitième siècle. Ils furent les premiers et les derniers habitants du sanctuaire d’Arabie le plus connu de toute l’Antiquité chrétienne.

Le Coran a conservé le souvenir impérissable de l’immense admiration des enfants d’Ismaël pour les moines chrétiens, formant ce qu’il appelle «  un peuple debout  » (’ummatun qâ’imatun) se levant pour «  réciter les versets du Dieu pendant la nuit  » (III, 113).

Comme le peuple hébreu a passé la mer des Roseaux pour sortir d’Égypte, puis le Jourdain pour entrer dans la Terre promise  ; comme Jésus a passé le torrent du Cédron pour entrer dans sa gloire  ; comme les chrétiens, enfin, reçoivent la grâce en étant plongés dans l’eau du baptême, ainsi la «  race  » (darrat) des enfants d’Ismaël est-elle invitée par Dieu même, parlant par la bouche de l’auteur, à traverser un «  torrent  » (sabîlan) «  jusqu’à ce que vous soyez lavés  », leur dit-il, (tagtasilû; IV, 43), comme dans un nouveau baptême.

Ce «  torrent  » est encore une fois le Jourdain, où les enfants d’Ismaël, sous la conduite de leur nouveau Josué, recevront l’onction qui en fera d’autres «  christs  » à la place des «  chrétiens  ». Ceux-ci ont en effet commis un crime inexpiable  : celui d’ «  emmêler  » au Dieu un fils. Car “ le Dieu ” n’a pas de fils… (IV, 171; V, 72).

VigneronLes enfants d’Ismaël aspirent à «  posséder en héritage un jardin de raisins  » (II, 266). Les représentations de la vigne et des scènes de chasse abondent dans les mosaïques des sanctuaires. L’auteur du Coran en garde le souvenir tellement vif qu’il les associe dans une commune réprobation (V, 90-96).

Que les enfants d’Ismaël s’abstiennent de vin et de boisson fermentée, et ne prennent pas part à ces repas funèbres qui dégénèrent en «  rixe  » (’al- cadâwata) et en «  injure  » (wa-l-bagdâ’a)  : c’est ainsi que l’auteur présente le repas eucharistique des chrétiens (V, 90-92)  ! Il est vrai que saint Paul en jugeait de même (1 Co 11, 17-22). Mais c’était au su des abus que lui apprenait la renommée, et son souci était de les corriger, non pas de les supprimer. Tandis qu’interdire tout usage du vin, comme le fait l’auteur du Coran (II, 219), c’est abolir purement et simplement le Saint-Sacrifice de la messe. Même si l’occasion, ou le prétexte, en est fournie par le culte de Bacchus, omniprésent dans les mosaïques des demeures byzantines de Transjordanie.
Les nomades Saracènes s'adonnent à la chasse

Les nomades “ Saracènes ” s’adonnent à la chasse et à la vie pastorale sur d’immenses espaces et, surtout, pratiquent des razzias dévastatrices. Détail de la mosaïque du diaconikon-baptistère (530 ap. J.-C.) du Mémorial de Moïse au mont Nébo  : un chasseur à cheval transperce de sa lance un sanglier débusqué par un chien.

Quant au gibier (sayid) tué à la chasse, à moins d’être «  achevé de vos mains et à la pointe de vos lances  » (V, 94; cf.ci-dessous), il est interdit à un peuple «  consacré  » (V, 93; cf. V, 1)  ! Dans les mosaïques de Transjordanie, les scènes de vendange et de chasse alternent dans les rinceaux de vigne, comme dans les versets de la sourate V, à croire que l’auteur du Coran avait à la pensée, ou sous les yeux, ces décorations (ci-contre, p. 11).

D’autant plus qu’il enchaîne  : «  Le gibier de la mer vous est permis.  » De quelle “ mer ” s’agit-il  ? Sûrement pas de la mer Morte, que la mosaïque de la carte retrouvée à Madaba, à l’est de la mer Morte, montre mettant en fuite les poissons du Jourdain. En revanche, la mosaïque de l’église des Saints-Apôtres, construite en 578 à Madaba, représente la mer sous la figure d’une femme brandissant une rame comme étendard, et sortant des flots au milieu de poissons bondissants (Piccirillo,op. cit., p. 154 et 165).

Ces contacts entre l’auteur du Coran et les communautés chrétiennes de l’Arabie sont déjà impressionnants. Mais il y a plus.
L’HÉRÉSIE

«  Arabia haeresium ferax  !  » L’Arabie est un foyer d’hérésies, écrivait Théodoret de Cyr au cinquième siècle. Durant les premiers siècles de l’ère chrétienne, le territoire transjordanien accueillit en effet un grand nombre de sectes qui s’écartaient plus ou moins de l’orthodoxie et dont Épiphane de Salamine entreprit de dresser le catalogue.

Cependant, les sources littéraires de l’époque attestent la présence d’évêques, d’archimandrites, de prêtres, de moines et de fidèles de confession monophysite, illustrant la vitalité d’une foi que les sources archéologiques représentent plutôt comme orthodoxe. Les fidèles rivalisent pour embellir leurs églises depuis les grandes basiliques urbaines jusqu’aux églises des villages et aux chapelles des monastères. Or, les inscriptions, figurant sur les pavements de mosaïque des églises construites entre le cinquième et le huitième siècle, sont des professions de foi en Dieu Trinité sainte et consubstantielle, Seigneur de toutes choses, Celui qui a fait le Ciel et la terre. C’est avec son aide, par sa grâce, selon sa volonté et sa providence que l’on construit les églises et qu’on mène à leur terme les bonnes œuvres  : «  Le Seigneur Jésus-Christ, Fils unique du Dieu unique, est notre Dieu, notre Sauveur, et jouit des mêmes attributs divins. Roi, créateur et démiurge, il est la sagesse de Dieu, le Seigneur Dieu de la Sainte Vierge et de tous les saints, l’honneur du peuple chrétien, le Dieu avec nous.  »

À en juger par les inscriptions, les chrétiens de la province d’Arabie nourrissent une très grande dévotion pour la Sainte Vierge  : elle est Théotokos, Mère de Dieu, Souveraine sainte et immaculée, à laquelle il faut s’adresser «  l’âme et les actions purifiées  », comme le rappelle l’inscription de l’église qui lui fut consacrée dans le centre de Madaba.

Or, notre traduction du Coran démontre que c’est contre le culte rendu au «  Seigneur Jésus-Christ, Fils unique du Dieu unique  » que l’auteur du Coran polémique, et contre sa divine Mère. Ou plutôt, contre l’idée que les chrétiens s’en font  : «  Jadis ils ont apostasié, ceux qui ont dit  : “ Voici le Dieu, Lui, le Christ, fils de Marie, alors que le Christ disait  : “ Ô fils d’Israël, servez le Dieu, mon Maître et votre Maître  ! ”  » (V, 72)

«  Marie  » (maryama) est le seul nom féminin présent dans le Coran. La raison de ce traitement de faveur tient dans la volonté, qui affleure chaque fois qu’il est question du «  Christ  » (masîhu), de réduire à néant sa divinité. L’appellation «  fils de Marie  » (’ibn maryama) est destinée à supplanter définitivement le nom de «  Fils du Très-Haut  » (Lc 1, 32). Ici, l’auteur affirme que le Christ lui-même n’aurait jamais émis la prétention d’être Fils de Dieu. Au contraire, il considérait «  le Dieu  » (Allah) comme son Maître  : «  mon Maître et votre Maître  » (rabbi wa-rabbakum; III, 51). L’auteur connaît le quatrième Évangile et il corrige à dessein la parole de Jésus, disant  : «  mon Père et votre Père  » (Jn 20, 17).

Précisons que le nom d’Allah n’est pas un nom propre mais un nom commun  : ’ilâh précédé de l’article défini ’al. Par contraction, ’al-’ilâh devient ’allâh   : «  le Dieu  ». Le nom biblique d’Elohîm est cependant employé à deux reprises (III, 26; V, 114).

La polémique antitrinitaire affleure partout, dès la sourate I, où “ le Dieu ” reçoit les noms les plus beaux – miséricordieux, maître, roi – mais jamais celui de Père. Car “ le Dieu ” n’a pas d’ «  enfant  » (waladan). L’auteur s’en prend aux récits évangéliques où la procession du Fils est «  célébrée  » par Dieu le Père (II, 116); allusion aux théophanies du baptême du Christ et de sa transfiguration  : «  Et voici qu’une voix venue des Cieux disait  : “ Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur ”.  » (Mt 3, 17; cf. 17, 5; 2 P 1, 17)

L’appellation «  le Christ-Jésus, fils de Marie  » (IV, 171) s’oppose donc à l’appellation, en vigueur parmi les chrétiens, de «  Jésus-Christ, Fils de Dieu  » (Mc 1, 1). Comme saint Paul, l’auteur l’appelle aussi «  le Christ  » (’al-masîhu) tout court, mais en le dépouillant de sa royauté de Fils de David, donc de sa “ messianité ” elle-même. Car «  la royauté des Cieux et de la terre et de ce qu’ils contiennent appartient au Dieu  » (V, 17, 18, 40 et 120) et non pas au «  Christ, fils de Marie  » (V, 17), ni à ceux qui se disent «  les fils de Dieu et ses préférés  », juifs ou chrétiens (V, 18).

C’est pourquoi le nom de «  Messie  » (masîhu), même associé à celui de «  Jésus  » pour former le nom composé précédé de l’article (’al-masîhu cîsâ), est dépouillé de toute sa signification messianique. «  Le Christ-Jésus, fils de Marie  » n’est jamais dit «  fils de David  ». Comment le serait-il, puisque sa Mère «  Marie  » (maryam), donnée pour «  fille d’Amran  », se trouve délibérément confondue avec Myriam, sœur de Moïse et d’Aaron  ?

Ainsi se trouve aboli, entre les deux “ Marie ”, l’écart historique de trente générations, toutes tendues vers l’avenir dans l’attente du Roi-Messie. Le ressort de l’histoire sainte est brisé, au profit d’une chronologie où Jésus vient immédiatement après Moïse (II, 136; III, 84), comme un neveu succède à son oncle  !

Bien plus  : non seulement «  Jésus fils de Marie  » est dépouillé de sa divinité et de sa royauté messianique, mais encore il perd toute consistance historique. «  Malgré tout, avoue le Père Jomier, sa figure reste très floue et il serait bien difficile de se la représenter s’il n’y avait que le Coran.  » Même réflexion du Père Abd-el-Jalil (cités dans notre appendice consacré à Jésus dans le Coran, op. cit., t. II, p. 227)
LE SCHISME

Le schisme est venu plus tard. Dans une étude récente, G. R. Hawting, enseignant à l’Université de Londres, a expliqué que les polythéistes et idolâtres pris à partie dans le Coran seraient en fait les monothéistes, présents en Arabie depuis longtemps. Comment a-t-il fallu attendre treize siècles pour faire cette découverte mirobolante  ? alors qu’elle se lit en toutes lettres dans le Coran lui-même  ! Est taxé d’idolâtrie le culte rendu par les chrétiens au crucifix, à Jésus «  élevé  » (’al-jibt ; IV, 51). Le terme, employé une seule fois dans le Coran, a été forgé par l’auteur à partir de l’hébreu gâbah, «  être élevé  », pour désigner le Christ «  élevé  » sur la Croix, objet de la foi chrétienne. Connaissant la parole de saint Paul  : «  Nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les païens  » (1 Co 1, 23), l’auteur de la sourate IV veut récuser également le «  scandale  » et la «  folie  ». Il évacue donc la Croix du Christ, en niant le fait, purement et simplement  : «  Ils ne l’ont pas tué ni crucifié, mais il est bel et bien revenu vers eux.  » (IV, 157).

Quant aux saints, particulièrement Marie, la Mère de Jésus  : «  Ne vous égarez pas au point d’idolâtrer (une femme) “ entre les femmes ”  » (IV, 129; cf. Lc 1, 42), commande-t-il. Peut-être la confond-il avec la déesse Aphrodite, «  un des chefs-d’œuvre des mosaïstes de Madaba  », conservée sous le vestibule interne de l’église de la Vierge qui succéda, à Madaba, à une demeure patricienne d’époque byzantine décorée d’une représentation des héros de la tragédie d’Euripide  : Hippolyte. Conservées depuis leur création, au milieu du sixième siècle, ces mosaïques n’ont rien à envier à la renaissance qui fleurira en Italie mille ans plus tard. «  Ces motifs d’inspiration classique, écrit l’archéologue franciscain,ne sont pas tant des vestiges des croyances païennes qu’un témoignage de la culture répandue par Justinien dans tout l’Empire.  » Les acteurs de la tragédie sont figurés sur la terre et au ciel. Un panneau met en scène les personnages célestes en cause  : Aphrodite, assise sur un trône à côté d’Adonis, la poitrine opulente et dénudée, explique la recommandation de l’auteur  : «  Celles que vous avez épousées, corrigez-les et couvrez-les  !  » (IV, 34).
LA VIERGE MÉDIATRICE

En vertu du principe premier de l’école française d’exégèse, s’attachant à expliquer la Bible par la Bible, Georges de Nantes prit pour règle d’expliquer «  le Coran par le Coran  », et non pas par les logographes postérieurs  : «  Le seul document sûr, c’est le Coran, écrit-il. Il faut étudier le Coran, et ensuite expliquer pourquoi et comment sont nées les légendes  », et non pas l’inverse, comme font nos coranisants occidentaux, à la remorque des inventeurs orientaux desdites légendes, en contravention flagrante avec les exigences les plus élémentaires de la méthode scientifique, positive et critique.

Prenons un exemple.

Actuellement, la Ka‘ba désigne un sanctuaire situé à La Mekke, au milieu de la cour de la grande mosquée. Toute la question est de savoir ce que ce mot désigne dans la sourate V. Il apparaît pour la première fois au verset 6, apportant une précision remarquable à la purification rituelle déjà prescrite au verset 43 de la sourate IV en instituant un bain complet, de la tête aux pieds, «  jusqu’à la plante  » (’ilâ l-ka‘bayni).

«  Oignez-vous la tête et les pieds jusqu’à la plante.  » Il serait plus exact de traduire «  jusqu’à la base  », le mot greckubos, «  cube  », dont le mot arabe est la transposition, désignant les pierres d’assise d’une maison. C’est pourquoi le mot sert à désigner certains sanctuaires de forme cubique. Notre exégèse de la sourate V nous a conduit à identifier deux sanctuaires de cette sorte. Le premier se situe à Pétra, où réside le «  Seigneur de la Ka‘ba   »,bâliga l-ka‘bati (V, 95). Le second est aux portes de Jérusalem, «  portes du Dieu  » (V, 2), où «  le Dieu a consacré la Ka‘ba, la Maison sacrée, relevée pour les gens  » (V, 97). Par la suite, il reviendra une quatrième et dernière fois, au pluriel, avec le sens de «  vierges  » (kawâ‘iba; LXXVIII, 33). D’où la question  : la Ka‘ba est-elle une «  Maison  » ou une «  Vierge  »  ?

À la vérité, le sens de «  vierge  » est déjà ancien puisque saint Épiphane fait état, au quatrième siècle, d’un culte célébré en «  langue arabe  » (arabikè dialektô) à Pétra, dans la nuit du 25 décembre, en l’honneur de la Vierge (parthenon) et de son fils Dousarès. Le nom de la Vierge, en arabe (arabisti) est Chaabou. Dousarès signifie «  le fils unique du Seigneur  » (monogenè tou despotou).

Mais alors, quel rapport entre le «  cube  » et la «  Vierge  »  ? Les savants ont tout envisagé, jusqu’à faire du Dieu un fils de la pierre, tel l’abbé Jean Starcky, le grand spécialiste de Pétra, cherchant comment le «  bétyle quadrangulaire  » portant le dieu Dousarès, est «  devenu sa mère  »  ! Mais les développements récents de l’archéologie nous donnent l’explication  : saint Épiphane est le témoin d’une influence chrétienne fort ancienne sur les cultes religieux en Arabie préislamiste. Dès lors, comment nous étonner que la Mère du Fils de Dieu soit son trône  ? N’est-elle pas le siège de la Sagesse  ?

Mais cette Vierge est aussi la personnification de «  la Cité sainte, Jérusalem, qui descend du Ciel, de chez Dieu, avec en elle la gloire de Dieu  » (Ap 21, 10). Or, cette ville forme un cube  : «  Longueur, largeur et hauteur y sont égales.  » (Ap 21, 16) Bien plus, il se trouve qu’au siècle de la naissance de l’islam, un monument s’élevait le long du chemin qui, de la maison de la Vierge en la sainte Sion, lieu de sa «  dormition  », mène à son «  tombeau  » de Gethsémani. Ce monument portait le nom grec de kubos dans une homélie attribuée à saint Germain de Constantinople (634-733).

Le saint patriarche évoque les lieux de la Dormition et de l’Assomption de Marie  : «  C’est, le long de la route suivie par le cortège funèbre, dans la descente de la vallée de Josaphat, le monument en forme de cube (kubos), à cause du juif téméraire et immédiatement puni pour le forfait contre le corps vénérable par l’amputation de ses deux mains  ; c’est au milieu de ce cube, la colonne vénérée qui reproduit le prodige accompli de la guérison du juif ci-devant impie.  » On trouvera le développement de cette question dans l’appendice à notre traduction du Coran, tome III, sous le titre  :La Ka‘ba (p. 299-306). Selon notre hypothèse, la sourate V nous apprend que, loin de le détruire, l’islam naissant prit ce “ mémorial ” pour symbole de la «  Maison d’Abraham  » qu’il voulait «  relever  » (V, 97).

Contrairement à une idée reçue, la référence à Abraham n’est pas une source de rapprochement entre les «  trois religions monothéistes  ». Elle est plutôt propre à entretenir la guerre entre la descendance d’Isaac, l’enfant de la promesse, et ceux d’Ismaël, le tireur d’arc, qui habite le désert, selon qu’il est écrit  : «  L’enfant (Ismaël) grandit, habita le désert et devint tireur d’arc.  » (Gn 21, 20) Comme les «  soldats  » du troisième Secret de Fatima…

Tandis que la Fille d’Abraham, Elle, la Ka‘ba, personnifiant à elle seule la «  Vierge  » et la «  Maison  » d’Israël, nous convoque tous, qui que nous soyons, chrétiens, juifs et musulmans, pour nous conduire aux «  portes du Ciel  » (cf. V, 2) par le chemin de son Cœur Immaculé. Comment ne pas exprimer notre reconnaissance à notre Père, pour sa perspicacité et la ténacité avec laquelle il nous a maintenu à la tâche, par ses encouragements éclairés et incessants, à forger un instrument scientifique et providentiel, en vue de la conversion des musulmans, par le triomphe du Cœur Immaculé de Marie.
LE TÉMOIGNAGE DU SANG VERSÉ

Beaucoup ignorent que le Yémen a été officiellement chrétien pendant une quarantaine d’années, entre 529-530 et 570-575, après avoir été en butte à une violente persécution de la part des juifs. En effet, en 521, un roi juif succéda au roi chrétien de Himyar, décidé à s’affranchir du protectorat éthiopien et de l’alliance avec l’Empire byzantin. En 523, il se mit à persécuter les chrétiens présents sur son territoire, en commençant par sa capitale, Zafar.

«  Après avoir promis un sauf-conduit aux chrétiens éthiopiens, il fit mettre à mort trois cents d’entre eux, dont l’archiprêtre Ababut. Le massacre, qui eut lieu pendant la nuit, s’acheva par l’incendie de l’église où périrent deux cents fidèles. L’édit qui étendit la persécution à tout le royaume punit de mort tous ceux qui se risquaient à protéger les chrétiens. Les premières victimes illustres furent des prêtres de l’Hadramaout  : Mar Elia, sa mère et son frère  ; Mar Toma, à qui l’on avait déjà coupé la main gauche pour le châtier d’avoir confessé le Christ  ; Mar Wail et Mar Toma de Najran qui se trouvait dans la région.  » (Piccirillo,op. cit., p. 21-22).
Les martyrs de Najran

Le roi juif se tourna alors contre l’oasis de Najran. Une première armée s’étant heurtée à la résistance des habitants, il prit lui-même la tête de forces plus nombreuses et mit le siège devant la ville. En vain. Il promit alors la vie sauve aux assiégés s’ils se rendaient  :

«  Et quand il vit qu’il ne les soumettrait pas par la guerre, raconte la source syriaque, il envoya des prêtres juifs de Tibériade avec la Torah de Moïse et une lettre de serment avec le sceau du roi juif  ; il jurait sur la Torah, les Tables de Moïse, l’Arche et par le dieu d’Abraham, d’Isaac et d’Israël, qu’il ne leur arriverait rien de mal s’ils lui remettaient la ville spontanément et s’ils sortaient pour se présenter devant lui. Les habitants de Najran crurent à son serment et trois cents d’entre eux, accompagnés de leurs chefs, sortirent pour le rencontrer. Il les reçut avec amabilité et cordialité et, de nouveau, il leur promit personnellement ce qu’il leur avait promis par lettre, leur répétant qu’aucun mal ne leur serait fait, qu’il ne leur demanderait pas de renier leur christianisme et que personne ne serait opprimé à cause de son christianisme, et il rompit le pain avec eux. Et quand, le lendemain, ils vinrent le trouver, il ordonna de les répartir entre ses chefs, cinquante par chef. En secret, il avait ordonné à chaque chef de prendre soin des hommes qui venaient à eux et, après avoir rompu le pain, de leur attacher les pieds et les mains, et de leur prendre leurs armes.

«  Quand cela fut fait et qu’il fut certain que tous leurs chefs avaient été ligotés, ils envoyèrent tout de suite des Juifs et des païens qui capturèrent les chrétiens de la ville, en leur demandant de leur montrer tous les os des martyrs et ceux de Mar Bulos, l’évêque qui avait été consacré premier évêque de Najran (…) qui avait gagné la couronne du martyre en étant lapidé, comme Étienne le premier martyr, par les Juifs de Tibériade dans la ville de Zafar, la ville royale des Himyarites. Ils brûlèrent par le feu ses os, en même temps que Mar Bulos, l’autre évêque qui avait été consacré deuxième évêque de la ville de Najran (…). Les Juifs portèrent tous les os ensemble dans l’église et ils les entassèrent au milieu de l’édifice  ; et puis ils portèrent les prêtres, les diacres, les sous-diacres, les lecteurs, les fils de l’alliance et les filles de l’alliance (les moines et les moniales), et les laïcs, hommes et femmes  ; et ils remplirent toute l’église, d’un côté jusqu’à l’autre, avec environ deux mille chrétiens (…). Puis ils apportèrent du bois et ils entourèrent l’église à l’extérieur et ils mirent le feu à l’intérieur et ils la brûlèrent avec tout ce qui se trouvait à l’intérieur (…).

«  Et quand l’église et tout ce qui se trouvait à l’intérieur fut brûlé, le roi porta, le même jour, tous les chefs et les hommes nés libres, et ils se trouvaient liés devant lui.

«  Et il leur dit  :

– Pourquoi avez-vous essayé de vous rebeller contre moi, pourquoi ne m’avez-vous pas remis la ville, pourquoi avez-vous placé votre confiance dans ce fils de… dans ce vieil idiot de Harith bar-Kaab, que vous avez élu comme votre chef  ? ”

«  Alors, il dévêtit Harith et il lui dit  :

– Regarde-toi nu devant ceux qui te considéraient comme leur chef, pour que tu puisses être déshonoré dans ta vieillesse devant eux. ”

«  Mais Harith lui répondit  :

– Vraiment, si le vêtement que je porte te devenait évident, tu ne me parlerais pas ainsi. Mais comme tu ne le vois pas, tu penses que je suis nu. En vérité, je te dis que mon âme, en ce moment, est devenue grande à mes yeux et je n’ai pas honte de la nudité de mon corps. Parce que le Christ sait que je suis meilleur que toi à l’intérieur et à l’extérieur, que mon corps est plus fort que le tien et que mon bras est plus puissant que ton bras. Je n’ai pas de blessures de fer de lance ou d’épée sur mon dos, mais seulement sur ma poitrine  ; parce que je n’ai jamais montré mon dos au combat comme le ferait un lâche. Avec l’aide du Christ, j’ai été vainqueur dans beaucoup de batailles, et c’est moi qui ai tué au combat le frère de celui qui est assis à ta droite et qui est ton cousin paternel. ”

«  Le roi lui dit  :

– Ainsi, c’est sur lui que tu comptais pour te révolter contre moi. Je vais te donner un conseil pour sauver ta vieillesse. Renie le Christ, le menteur, et sa Croix, et tu vivras  ; dans le cas contraire, tu mourras d’une mort atroce, toi et tes compagnons et tous ceux qui ne renieront pas le Christ et la Croix. ”

«  Et Harith lui dit  :

– Rappelle-toi les serments que tu nous fis au nom du Dieu d’Abraham, d’Isaac et d’Israël, de la Torah et des Tables et de l’Arche. ”

«  Le roi lui répondit  :

– Laisse ces choses et renie le Christ et la Croix. ”

«  Le vieillard lui répondit  :

– En vérité, je suis affligé pour tous les compagnons chrétiens qui étaient avec moi dans la ville, parce que je les ai conseillés, mais ils ne m’ont pas écouté. Parce que j’étais prêt à livrer bataille contre toi et à me battre contre toi pour le salut du peuple du Christ, et tu m’aurais tué ou moi, je t’aurais tué, et j’avais l’espoir, grâce au Christ, mon Seigneur, de te vaincre  ; mais mes compagnons ne me l’ont pas permis. J’ai pensé aussi de ne guider que ma famille et mes esclaves, et de sortir pour te rencontrer, mais mes compagnons chrétiens fermèrent les portes de la ville et ne me le permirent pas. C’est moi qui leur ai dit de rester en ville et de ne pas ouvrir les portes, parce que j’avais confiance dans le Christ, mon Seigneur, et je savais que la ville ne serait pas prise par toi, parce qu’elle ne manquait de rien, mais sur cela aussi, mes compagnons ne m’écoutèrent pas. Et quand tu envoyas ta parole, tes serments, je leur conseillai de ne pas te croire, en leur disant que tu étais un menteur, et que l’on ne peut avoir aucune confiance en toi, mais mes compagnons ne se laissèrent pas persuader. Et maintenant, tu me dis de renier le Christ, mon Dieu, et de devenir juif. Peut-être que je ne vivrai pas davantage et toi, tu veux m’éloigner du Christ, mon Dieu, dans ma vieillesse. Vraiment, tu n’as jamais agi en roi, parce qu’un roi qui trompe n’est pas un roi, parce que j’ai vu beaucoup de rois, mais jamais des rois menteurs. En ce qui me concerne, je resterai ferme et je ne serai pas un menteur en reniant les promesses que j’ai faites au Christ. ”

«  Les chrétiens célébrèrent avec fierté le vieux cheikh et ses compagnons, religieux et laïcs, hommes, femmes et enfants, qui surent mourir en chrétiens avec l’orgueil des Arabes.  » (ibid., p. 22-24)

Frère Bruno de Jésus-Marie

komyo

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Message Sujet: Histoire de l'Arabie Saoudite

Message Titre du message: Re: Histoire de l'Arabie Saoudite

Message Ecrit le 12 Sep 2016, 11:01

Ne pas railler, ne pas déplorer ni maudire, mais comprendre. Baruch Spinoza

yacoub

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Message Sujet: Histoire de l'Arabie Saoudite

Message Titre du message: Re: Histoire de l'Arabie Saoudite

Message Ecrit le 12 Sep 2016, 11:08

Tant que l'Arabie considère le Saint Coran comme intouchable, jamais la femme de ce pays n'aura des droits et c'est valable dans les 57 pays d'islam.

komyo

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Message Sujet: Histoire de l'Arabie Saoudite

Message Titre du message: Re: Histoire de l'Arabie Saoudite

Message Ecrit le 12 Sep 2016, 12:22

inch allah, et aide toi le ciel t aidera ! on verra bien ! :) :Bye:
Ne pas railler, ne pas déplorer ni maudire, mais comprendre. Baruch Spinoza

Soultan

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Message Sujet: Histoire de l'Arabie Saoudite

Message Titre du message: Re: Histoire de l'Arabie Saoudite

Message Ecrit le 18 Sep 2016, 15:13

Les saouds et les wahhabistes
descendent de mordokhai et sabbatei zevi
Ils ont infiltré l'Islam et ont été promus par les britaniques, Ils ont tué plein de musulmans pour arriver au pouvoir, leurs chute est proche, amen


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