|
Christianisme [Catholique]
Inscrit le: 29 Mar 2004
Messages: 999
|
|
|
| Jésus et les femmes |
|
Posté le: Dim Mai 23, 2004 2:52 am
Sujet du message:
|
|
Jésus et les femmes: un défi pour notre époque
Par Christine Bourgeois
Marie de Béthanie, la Samaritaine, la femme adultère, autant de femmes ont croisé la route de Jésus. Etonnantes, bouleversantes, ces rencontres du premier siècle nous parlent encore aujourd’hui.
Une des clés pour comprendre la signification et la portée des textes qui rapportent les rencontres entre Jésus et les femmes se trouve dans l’appréciation du contraste étonnant entre les coutumes sociales et religieuses du premier siècle d’une part, et l’attitude de Jésus d’autre part. Aussi la compréhension du contexte culturel, religieux et social de ce qui se vivait en Palestine à l’époque de Jésus est-elle nécessaire.
Etre femme du temps de Jésus, une histoire d’hommes
Dans presque toutes les sociétés méditerranéennes du 1er siècle, la femme avait un statut très inférieur. Jésus vivait dans une société patriarcale, le père dirigeant la famille et la communauté. Les femmes dépendaient de ce dernier jusqu’à leur mariage, pour ensuite dépendre de leur mari. La sphère domestique, soit la famille, était le seul lieu où la femme avait une place, un rôle significatif. Il se limitait à celui d’épouse et de mère. D’un point de vue légal, le témoignage d’une femme ne comptait pas, et elle n’avait pas de droit d’héritage. Sur le plan religieux, même si certains passages de l’Ancien Testament préconisent que tous entendent la Loi (Dt 31:12; Jo 8:35), les femmes juives du 1er siècle ne recevaient que très peu d’éducation religieuse, et ce uniquement dans le cadre familial. Elles étaient exemptes des devoirs religieux en raison de leur impureté mensuelle et post-partum.
Dans la rue, tout contact était évité entre hommes et femmes, même de simples salutations, car la femme était essentiellement vue comme une tentatrice.
Dans les écrits rabbiniques des premiers siècles, bien que l’on trouve des vues négatives (même très négatives) sur la femme, on trouve aussi des images positives, qui valorisent la femme. Chaque matin, l’homme juif récitait cette prière: "Béni sois-Tu, ô Seigneur notre Dieu, de ce que tu ne m’aies pas fait naître païen, ni esclave, ni femme". Le privilège le plus élevé pour les juifs était d’accomplir tous les commandements de la Loi. Or, les femmes ne pouvaient pas accomplir la Loi en raison de leur impureté récurrente, ce qui explique en partie le soulagement de l’homme de n’être pas né femme.
Jésus, celui qui sait être différent avec les femmes
Les évangiles apportent comme un vent frais et nouveau sur ce monde du 1er siècle, en renversant un ordre établi et en bouleversant des coutumes parfois très peu humaines. Jésus n’a pas donné d’enseignement particulier au sujet de la femme. Cependant, par son attitude envers les femmes, le respect infini qu’il leur a témoigné et la place qu’il leur a donnée dans ses paraboles, il détonne complètement d'avec les pratiques sociales, culturelles et religieuses de l’époque. La manière dont Jésus approchait les femmes était toute différente de celle de la société: il considérait les gens, hommes ou femmes, comme des personnes, des êtres humains créés par Dieu et aimés de Lui.
1. Le franc-parler de Jésus est déroutant
Dans plusieurs scènes de l’Evangile, Jésus est confronté à des dignitaires religieux qui cherchent à le piéger pour l’accuser. Or à plusieurs reprises, une femme se trouve être au centre de l’échange; les religieux l'utilisent comme un prétexte pour faire tomber Jésus, mais ce dernier, qui la respecte, l'élève au dessus de l’hypocrisie et de l’incrédulité de ses accusateurs.
Dans Jean 8:1-11, les scribes et les Pharisiens amènent dans le Temple une femme surprise en flagrant délit d’adultère. Jésus est en train d’enseigner. Il n’y a là que des hommes. Les religieux provoquent Jésus en le questionnant au sujet de la Loi. Remarquons que seule la femme est accusée par ces hommes, alors que la Loi prescrivait de lapider les deux coupables impliqués dans l’adultère. Ici, ce sont les accusateurs qui sont pris en flagrant délit: délit d’hypocrisie, de dureté de cœur, d’orgueil. La femme est aussi appelée à ouvrir les yeux sur son péché et à changer, mais elle repart libre. La grâce a surabondé.
Jésus a guéri une femme le jour du Sabbat, ce qui a indigné le chef de la synagogue (Lc 13:10-17). Jésus lui répond en le taxant d’hypocrite et en qualifiant la femme de "fille d’Abraham". Quelle comparaison! D’autant que le chef de la synagogue pouvait se targuer d’être un "fils d’Abraham", car c’était lui qui supervisait le service religieux de la synagogue, veillant à ce qu’il se déroule selon la tradition. En outre, l’expression "fille d’Abraham" est unique dans la Bible. Par cette parole, Jésus restaure cette femme souffrante dans sa dignité humaine.
Les Pharisiens ne sont pas les seuls à être mis en contraste avec les femmes. Les disciples eux aussi sont repris par le Maître. Lorsque Jésus se fait oindre par Marie à Béthanie, ils ne comprennent pas, s’irritent et se plaignent du gaspillage de son geste. "On aurait pu le vendre, ce parfum…" Mais Jésus les reprend en dévoilant la portée extraordinairement prophétique de cette onction accomplie par Marie, qui a entrevu le Messie. De plus, il annonce que partout où l’Evangile sera prêché, on parlera aussi de cette femme et de ce qu’elle a fait.
Dans tous ces récits où Jésus est confronté à des femmes, même les plus "impures", on voit qu’elles ne le mettent pas dans l'embarras. Il reconnaît leur juste valeur, les honore face à ceux qui les méprisent. Il n’hésite pas à mettre en avant leur foi, leur courage, leur humilité, leur discernement, en réponse à l’incrédulité, l’hypocrisie, l’orgueil ou le manque "d’intelligence spirituelle".
2. Jésus ose parler des femmes
Certains rabbins évitaient même de mentionner les femmes dans leurs enseignements. Or, Jésus illustrait ses propos en mettant en scène des hommes et des femmes, à l’aide d’images et d’histoires. Il a également parlé du mariage, du divorce et de l’adultère. A la dureté de cœur des hommes, il oppose la sainteté de Dieu qui (re)met en lumière la relation entre un homme et une femme dans le mariage: "Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni". Confronté à la croyance des Pharisiens selon laquelle la femme était porteuse de tentation sexuelle comme d’un virus, il renverse leur préjugé en dévoilant la convoitise dans leurs propres pensées: l’adultère se commet déjà dans le cœur. Même ses disciples sont déroutés. Jésus, dans son enseignement sur le divorce, non seulement redonne à la femme sa dignité humaine, mais renforce aussi sa sécurité dans un monde où il était extrêmement aisé pour un homme de divorcer de sa femme, pour des motifs parfois très peu vertueux.
3. Les lois sur l’impureté: Jésus est libre
Contrairement aux lois interdisant de
toucher ce qui était considéré comme impur, Jésus ne se gênait pas de toucher les personnes qu’il rencontrait sur son chemin, et qui étaient "en état d’impureté". Rien n’indique dans les évangiles qu’il allait se purifier, suite à ces contacts. Cela scandalisait, bien évidemment, car l’impureté se transmettait. Ainsi, dans deux épisodes qui s’enchevêtrent (Mc 5:22-43), Jésus guérit une femme souffrant d’hémorragie depuis douze ans (impure selon la Loi), et ressuscite une jeune fille en la prenant par la main (les morts étaient considérés comme impurs). Jésus ne craint pas ce que les hommes jugent comme étant impur, surtout lorsque ceux-ci y voient le prétexte d’affirmer leur propre justice face aux défavorisés et aux plus faibles parmi lesquels comptent les femmes.
4. Jésus accompagné par des femmes
Parmi les femmes que Jésus rencontre, certaines ont été ses compagnes de voyage, d’autres ont été ses disciples, et d’autres encore ont eu part avec Jésus à des discussions théologiques. Cette association entre Jésus, ses douze disciples et les femmes représente quelque chose d’exceptionnel dans ce monde juif du 1er siècle.
Luc raconte que Jésus est invité chez Marthe et Marie (Lc 10:38-42). Alors que Marthe s’affaire à son travail, absorbée à servir ses invités, sa sœur ne fait apparemment rien. Assise aux pieds de Jésus, elle l’écoute. L’expression "être assis aux pieds de" appartient au langage rabbinique et signifie "être disciple de". Luc est donc très intentionnel: il présente Marie comme disciple de Jésus. Par contraste, Marthe incarne ici le rôle traditionnel de la femme qui sert dans la sphère domestique. Jésus déclare même que Marie a choisi la meilleure part, et que personne ne la lui ôtera. La meilleure part, c’est être disciple de Jésus, et cela prend le pas sur les coutumes du service domestique.
Ailleurs, Jésus déclare que son frère, sa sœur, sa mère, est celui ou celle qui écoute et met en pratique la parole de Dieu. Etre disciple revient ainsi à jeter un autre regard sur la perspective traditionnelle de la famille et change les priorités.
D’autres textes indiquent aussi que Jésus incluait les femmes dans les discussions théologiques, ce qui tranche complètement avec les coutumes de son époque. Sa conversation avec la femme Samaritaine est tout aussi profonde que celle qu’il a eue avec Nicodème (Jn 3:1-21; 4:4-42). Il y a là également un contraste entre ce dernier et la Samaritaine. Nicodème, juif au statut élevé, se cache pour parler à Jésus, il hésite, semble ne pas comprendre, et on ne sait s’il a répondu à l’invitation de Jésus à la nouvelle naissance. La Samaritaine, quant à elle, cette femme vivant dans le péché et aux croyances peu orthodoxes, appartient à une ethnie méprisée des Juifs. Egalement dédaignée par ses compatriotes, elle s’ouvre à la révélation, croit, et devient non seulement disciple, mais aussi évangéliste.
5. Des femmes de foi, premiers témoins et messagères de la Résurrection
De nombreuses femmes que Jésus a rencontrées se sont ouvertes au point d’oser croire et recevoir dans leur cœur – et leur corps – la parole de paix, de guérison, de salut. Ces femmes de foi sont présentes avant même la naissance de Jésus. Dans l’Evangile de Matthieu, elles figurent dans la généalogie de Jésus. Luc, quant à lui, est on ne peut plus explicite sur ces femmes qui, par leur foi, ont frayé le chemin à Jésus: Elisabeth, Marie, Anne la prophétesse. Leur coeur était une terre meuble où la parole semée a pris racine, a germé, pour finalement s’incarner dans notre chair humaine.
Les quatre Evangiles rapportent que ce sont des femmes qui, les premières, ont été témoins de la Résurrection et en ont annoncé le message. Ainsi, tout comme les hommes, elles reçoivent la capacité et la responsabilité d’être des témoins du Christ ressuscité, c’est-à-dire de transmettre un message qui contient un enseignement théologique fondamental.
Quelle serait l’attitude de Jésus aujourd’hui?
Le contraste entre l’attitude de Jésus à l’égard des femmes et ce que les normes sociales et religieuses exigeaient d’un homme juif montre à quel point Jésus est venu restaurer notre humanité, tant pour les hommes que pour les femmes. Il a respecté, aimé et rendu leur dignité à chaque personne qu’il a rencontrée, indépendamment du sexe de son vis-à-vis. C’est peut-être d’autant plus marquant pour les femmes que leur statut était nettement inférieur à celui des hommes. Jésus discernait avant tout la personne humaine en tant qu’être créé à l’image de Dieu, créature à qui il est venu apporter la rédemption.
Tout en acceptant et en respectant les limites du cadre historique, social, culturel et religieux qui était le sien, Jésus a osé transgresser ce qui faisait entrave à une vie vécue dans la vérité. Là où les coutumes bloquaient la vie, il a passé à travers, quitte à choquer considérablement. Aujourd’hui, Jésus bousculerait-il notre culture évangélique, avec ses traditions relatives à la femme et aux relations hommes – femmes? Serions-nous choqués et scandalisés comme les Pharisiens? – qui, soyons-en sûrs, étaient pour beaucoup d’entre eux de bonne foi, en croyant que la femme avait le statut qui était le sien parce que c’était l’ordre divin des choses. Il ne s’agit pas ici d’une guerre des sexes, ni d’une lutte pour une prise de pouvoir, car ces choses-là étaient complètement étrangères à Jésus. Elles ne faisaient pas partie de sa mission, et elles ne doivent pas faire partie de la nôtre. Mais osons nous remettre en question et nous laisser interroger par la parole de Dieu.
Bien entendu, il ne s’agit pas seulement de l’Eglise, mais aussi de la société: la valeur de la femme dans les discussions de bistrot, au cinéma, à l’armée ou dans la publicité est trop souvent celle d’un objet sexuel. Pourtant, ce n’est pas ce que Dieu dit de la femme à travers Jésus, lui qui a aimé, respecté et encouragé toutes celles qu’il a rencontrées.
Osons aller à contre-courant, tant de la culture de notre société que de notre culture évangélique, non pas par esprit de rébellion, mais pour écouter et mettre en pratique ce que Jésus nous a enseigné, pour témoigner de la grâce et de l’amour de Dieu en Christ par son Esprit.
Christine Bourgeois
(article paru dans Courant 46, octobre novembre 2001) |
|
|