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| LA PRIERE AU COEUR DE LA SPIRITUALITE ISLAMIQUE |
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Posté le: Dim Fév 15, 2004 7:52 am
Sujet du message:
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histoire et rituel
Le caractère cosmique des rituels en Islam apparaît aussi dans le fait que les heures de la prière rituelle par exemple ne sont pas fixes mais liées (sauf évidemment pour les régions polaires) au mouvement solaire. Ces rituels symbolisent une vision selon laquelle tout être de par sa fidélité (consciente ou inconsciente) à sa propre nature, est nécessairement intégré dans un ordre universel, dans une louange cosmique. Cette intégration est particulièrement illustrée, pour les êtres qui se trouvent à la surface de la terre, par le jeu de déploiement et de repli involontaires de leur propre ombre qui est l’expression, à son niveau, d’un mouvement rituel : " Et devant Dieu, dit le Coran, se prosternent, volontairement ou contre leur volonté, tous ceux qui sont dans les cieux et la terre, et aussi leurs ombres les matins et les après-midi. " (XIII, 15). En dehors de la prière ou office accompli journellement par le musulman (depuis l’aurore jusqu’à environ une heure et demie après le coucher du soleil pour un cycle quotidien complet comprenant cinq prières), les autres rituels sont liés au calendrier lunaire. Il est significatif que dans la période anté-islamique les Arabes aient intercalé un mois supplémentaire (le Nasi’) toutes les trois années lunaires, pour rejoindre le comput et la fixité de calendrier solaire. Ce mois intercalaire fut supprimé par la révélation : lors du pèlerinage d’adieu, le prophète a dit : " Le temps est cycliquement revenu à la configuration qu’il avait le jour où Allah créa les cieux et la terre. "
La circularité du temps, le déplacement des mois lunaires et donc des rituels qui y sont rattachés sont à même de faire prendre conscience aux musulmans leur intégration dans un temps cosmique, dans un rituel cosmique. Cette perception est plus facilement suscitée par l’aspect cyclique du temps lunaire, le calendrier solaire pouvant, à cause de sa fixité apparente, donner au contraire l’impression d’un écoulement irréversible, continu et linéaire . Il serait intéressant de faire une étude phénoménologique du temps vécu chez les peuples d’Orient et d’Occident. Pour le musulman, la naissance et la mort d’un cycle temporel (le mois ou l’année lunaire, les quatre saisons, etc) l’ "enroulement " de la nuit dans le jour et du jour dans la nuit (Coran XIL, 5) sont autant de signes qui l’amèneront à non pas concevoir l’histoire comme une évolution et une accumulation continue de savoir et de bien-être, mais plutôt comme un support à la méditation de son propre destin. C’est aussi sur cette base que l’on peut concevoir tout l’écart qu’il peut y avoir entre la conception d’une histoire sacrée basée sur un temps rituel (le mois de jeûne, les fêtes religieuses, les temps du pèlerinage…), cyclique, et celui d’une histoire événementielle qui ne se fait qu’à la mesure d’un temps " objectif ", un temps abstrait faisant de l’histoire une réalité transcendante, même si dans la conception historiciste l’homme contribue à le créer.
La conception islamique est intermédiaire entre celle d’un " éternel retour " et celle d’une perception purement théologique de l’histoire. Les éléments majeurs de l’histoire sacrée ont des significations analogues aussi bien au niveau micro que macrocosmique. De ce dernier point de vue de l’histoire, bien qu’orientée vers un dénouement final (les musulmans attendent aussi la seconde venue de Jésus) s’inscrit dans une conception cyclique du temps, celle-là même en laquelle se situe la chaîne de succession des prophètes depuis Adam jusqu’au prophète de l’Islam. Mais en allant vers cette fin des temps, les hommes s’inscrivent, individuellement ou collectivement (par les rites du pèlerinage annuel, la prière du vendredi, etc) dans un temps rituel tel qu’il se définit par le rythme cyclique des prières et des autres rites célébrés selon le comput de l’année lunaire. Cependant, le mouvement rotatoire du temps rituel a surtout pour effet de nous faire prendre conscience que chaque nouvelle prière, chaque nouveau rite est, pour nous, un effort pour " réaliser " un moment d’ " arrêt ", une trouée dans le cycle du devenir, une entrée dans l’éternel présent.
La désacralisation qui caractérise la plus grande partie du monde contemporain n’est-elle pas précisément due à la perte, pour la plupart des hommes d’aujourd’hui, de ces moments privilégiés où l’on entre dans un rapport essentiel avec soi-même, et à la méconnaissance des voies qui mènent l’âme là où elle prend conscience de son origine et reconnaît la source de son être. Cette désacralisation va de pair avec une incapacité à s’arrêter, à tout suspendre pour se tourner vers soi, à apprendre par les différentes formes de prière à " mourir " au monde, à se désimpliquer de celui-ci et à s’ouvrir ainsi à une nouvelle dimension de la vie : " Tu fais que la nuit s’insère dans le jour et Tu fais que le jour s’insère dans la nuit, tu fais sortir la vie du sein de la mort et la mort du sein de la vie et Tu combles qui Tu veux sans compter… " (III, 27).
C’est ce rapport au Monde en tant qu’ensemble de signes renvoyant à Dieu, source de création et de puissance, qui fait accepter au musulman la fatalité du destin et non pas, comme on l’a parfois dit, la fatalité de l’histoire qui me semble, elle, plutôt être une attitude propre à l’homme moderne (fatalité du " progrès ", de la production, du nucléaire, etc). |
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