L'hypothèse d'une glose coranique

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Seleucide

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L'hypothèse d'une glose coranique

Ecrit le 04 juil. 2022, 19:33

Message par Seleucide »

Il y a dans le Coran un verset qui nous est présenté ainsi :

17, 60. Et nous n'avons créé la vision que nous t'avons montré que pour mettre à l'épreuve les hommes, et l'arbre maudit (mentionné) dans le Coran, mais nous avons beau les effrayer, cela ne fait que redoubler leur esprit de rébellion.

La proposition soulignée est celle qui pose problème. En effet, étant complément du verbe créer, la syntaxe arabe ne saurait supporter sa présence à cet endroit. De fait, la grammaire requiert une construction différente, en sorte que le verset aurait dû lire : Et nous n'avons créé la vision que nous t'avons montré et l'arbre maudit dans le Coran que pour mettre à l'épreuve les hommes, etc. Cependant, cette leçon n'existe pas : elle n'est attestée, ni par la tradition islamique, ni par les manuscrits coraniques anciens. Alors, comment expliquer cette anomalie ?

Il y a une hypothèse qu'il nous faut envisager pour répondre à cette question : celle selon laquelle il s'agirait d'une glose. Si nous considérons le verset, en effet, nous voyons bien qu'il y est question d'une vision. Mais quelle vision ? Comme souvent dans le Coran, le texte est allusif : il mentionne un motif et continue son discours sans juger bon de l'expliquer. Il est possible qu'un commentateur, sans aucun doute gêné par l'obscurité du verset, ait tâché de la contourner en expliquant que la vision mentionnée est celle de l'arbre maudit (mentionné) dans le Coran. Le Coran fait en effet état à quelques reprises d'un arbre infernal, nourriture abjecte des damnés : l'arbre de Zaqqūm :

Certes l'arbre de Zaqqūm
sera la nourriture du grand pécheur.
Comme du métal en fusion; il bouillonnera dans les ventres
comme le bouillonnement de l'eau surchauffée.


Ce qui, de possible, rend cette hypothèse plausible, c'est la formulation toute particulière de cette glose : et l'arbre maudit (mentionné) dans le Coran, c'est-à-dire : dans le livre que l'on nomme Coran. Il est évident que pareille formulation ne peut venir que d'un commentateur. Quant à expliquer pourquoi la vision fut assimilée à celle de l'arbre de Zaqqūm, la réponse semble aller de soi. En effet, notre commentateur a sans doute remarqué la similarité lexicale de ce verset (17, 60) avec un autre verset (37, 63), cette fois-ci relatif à l'arbre de Zaqqūm, établi, nous dit-on, pour mettre à l'épreuve les pécheurs. Dans la mesure où notre verset parlait d'une vision effrayante, visant à mettre à l'épreuve les hommes, le rapprochement avec cet arbre est aisément compréhensible. C'est ainsi qu'une glose primitive aurait fini par rejoindre le texte et s'y confondre, sans égard aucun pour la syntaxe.

Le texte glosé devrait donc être rendu ainsi :

17, 60. Et nous n'avons créé la vision que nous t'avons montré que pour mettre à l'épreuve les hommes (c'est-à-dire : l'arbre maudit mentionné dans le Coran), mais nous avons beau les effrayer, cela ne fait que redoubler leur esprit de rébellion.

Et le texte originel, plus fluide :

17, 60. Et nous n'avons créé la vision que nous t'avons montré que pour mettre à l'épreuve les hommes, mais nous avons beau les effrayer, cela ne fait que redoubler leur esprit de rébellion.

N.B. : J'ai délibérément négligé le début du verset pour la simple et bonne raison d'un isolat textuel. Cette portion de texte ne s'insère, ni dans le verset qui le précède, ni dans celui qui le porte, et si la tradition islamique est dans le juste en considérant qu'il est relatif à la bataille de Badr, il n'est visiblement pas à sa place ici. Il est possible qu'en lisant avec attention la 8e sourate, on trouve quelque endroit où il pourrait plus naturellement s'insérer.
Il faut d'abord avoir raison. Une idée fausse est une idée fausse.

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